SANS-PAPIERS Les évêques demandent le respect des lieux de culte
Élie Maréchal [24 septembre 2002]
Vérité en deçà du périphérique de Paris, erreur au-delà ? Les faits ont pu le laisser penser à propos des sans-papiers, lorsque Mgr Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis, laisse occuper sa cathédrale en août, mais que, le 15 septembre, le cardinal Lustiger, archevêque de Paris, évite une nouvelle occupation de l'église Saint-Ambroise. Plus loin du haut lieu médiatique qu'est la capitale, Mgr Philippe Barbarin, tout frais émoulu de son installation comme primat des Gaules, doit faire face à deux occupations d'églises par des grévistes de la faim, puis, samedi soir, à l'intrusion de sans-papiers dans sa cathédrale Saint-Jean. Tout se passe comme si l'Église catholique devait être prise en otage par des forces multiples et contradictoires. Les évêques s'emploient à afficher un front commun. Après s'être concertés la semaine dernière, ceux des huit diocèses d'Ile-de-France (Paris, Versailles, Saint-Denis, Nanterre, Évry-Corbeil, Créteil, Meaux, Pontoise) ont publié hier un communiqué : « Nous voulons ensemble exprimer, écrivent-ils, notre vive attention à l'égard des nombreux migrants sans papiers qui demandent leur régularisation. Ces hommes et ces femmes, ces familles, ont droit au respect. Chaque personne humaine est pour nous un prochain, un frère. » Rien de neuf dans cette profession de foi, récurrente depuis plus de dix ans. Mais s'il faut la redire, c'est sans doute que même des paroissiens fidèles sont récalcitrants à ce respect des sans-papiers et aussi qu'il faut donner le signe d'une unanimité épiscopale, peut-être mise en doute.
Passé ce préambule et l'encouragement à l'action caritative en faveur des sans-papiers, les évêques poursuivent : « Depuis le milieu des années 90, diverses coordinations ont organisé l'occupation de plusieurs églises. Un des objectifs était de frapper l'opinion. Face à ces occupations, prêtres et communautés ont réagi avec générosité. Ces occupations ont néanmoins montré leurs limites. Dans les conditions actuelles, de telles opérations ne servent pas la cause des personnes sans papiers et n'améliorent pas leur situation. De même que nous respectons toutes les personnes en détresse, nous demandons le respect du caractère religieux des lieux où les chrétiens se rassemblent en vue de la prière. »
A Lyon, Mgr Barbarin n'a pas eu d'autre « religion », en demandant samedi soir aux occupants de la primatiale Saint-Jean de vouloir bien dégager les lieux qui n'offrent pas de conditions sanitaires. Hier matin, comme il s'y était engagé, il a reçu à l'archevêché trois représentants des demandeurs d'asile. Ceux-ci lui ont remis une liste nominative de trente-cinq personnes venues manifester l'avant-veille. L'archevêque de Lyon a transmis cette liste, le jour même, à la préfecture. Refusant toute mise en scène médiatique, il indique cependant qu'il entend agir en médiateur, « suivant avec attention ce dossier ».
Le cardinal Lustiger n'a pas attendu ces événements pour donner ses consignes et pour en parler, courant août, avec le ministre de l'Intérieur qui ne lui aurait intimé aucun ordre. Aux curés de Paris, l'archevêque a instamment demandé, depuis deux ans, de ne pas créer de point de fixation en accueillant durablement une « opération » de sans-papiers dans une église de la capitale. Quant à Notre-Dame de Paris, la présence de cars de police a pu dissuader les cinq ou six menaces récentes d'occupation. Le communiqué que les évêques ont publié hier renforce le dispositif antioccupations d'églises.
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