Mgr Philippe Barbarin
Le samedi 14 septembre au petit matin, avant même le début de la réunion de prière organisée en début de matinée à la basilique de Fourvière autour de Mgr Barbarin, la foule des fidèles avait déjà rempli les travées pour une heure d'oraison silencieuse, dans un profond recueillement propice à la fécondité spirituelle. A 10 heures, la messe commençait en la Primatiale Saint-Jean, en ce jour de la fête de la Croix glorieuse, présidée par le Nonce apostolique Mgr Baldelli, en présence de nombreux évêques français dont le cardinal Lustiger, du cardinal Macharski de Cracovie, du cardinal Razafindratandra de Madagascar, de représentants des autres confessions chrétiennes et des autres religions, du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, du maire de Lyon Gérard Collomb, des principaux élus de la région et du département, autour du nouvel archevêque dont la devise épiscopale est "Ut Unum sint", "Qu'ils soient Un afin que le monde croie". Cette belle cérémonie, que l'assemblée des fidèles pouvait suivre en direct également depuis la colline de Fourvière, s'est terminée par le grand Alleluia du Messie de Haendel, chanté de façon magnifique par les chours de la maîtrise. Le nouvel archevêque de Lyon avait commencé par une Profession de foi suivie du serment suivant : "Avec une foi inébranlable, je crois aussi à tout ce qui est contenu ou transmis dans la Parole de Dieu, et à tout ce qui est proposé par l'Eglise pour être cru comme divinement révélé, que ce sot par un jugement solennel ou par un magistère ordinaire et universel. J'embrasse aussi fermement et retiens pour vrai tout ce qui concerne la doctrine de la foi ou la morale et est proposé par cette même doctrine de foi définitive. Tout particulièrement avec un respect religieux de la volonté et de l'intelligence, j'adhère aux doctrines énoncées par le Pontife romain ou par le Collège des évêques lorsqu'ils exercent le magistère authentique, même s'ils n'entendent par les proclamer par un acte définitif." A l'issue de la messe, Mgr Barbarin est remonté sur la colline de Fourvière, pour retrouver la foule des fidèles qui l'attendaient : il est resté près de deux heures comme un pêcheur d'hommes dans une marée humaine parmi ses nouvelles ouailles, mêlées à d'autres fidèles venus des diocèses de Créteil et de Moulins, où il a été successivement prêtre et évêque. Ensuite, beaucoup se sont retrouvés pour un pique-nique sous le grand soleil des jardins de la maison St-Joseph à Francheville. On y vit à loisir Mgr Barbarin, passant d'un groupe à l'autre, avec prestance et chaleur, plaisantant avec les uns, évoquant un souvenir toujours précis, chantant avec d'autres, dansant même avec ses amis venus de Madagascar et les jeunes, fêtant drôlement enfin, avec sa mère, ses nombreux neveux et nièces, et tous ses hôtes le cinquantième anniversaire de son frère qui est médecin à Paris... A l'intention des lecteurs de France Catholique, voici un large extrait de l'homélie à la Primatiale Saint-Jean qui dit l'importance de la charité chrétienne, comme préliminaire d'un monde plus juste et plus fraternel.. "L'histoire nous a montré que la charité d'aujourd'hui, c'est la justice de demain. Les disciples du Christ ont agi dans les siècles passés pour que la culture universitaire permette à l'intelligence humaine d'atteindre toute sa hauteur et sa noblesse, pour que les malades soient soignés dans les hôpitaux et les hôtel-Dieu, pour que les enfants pauvres soient instruits comme les autres, et maintenant tout le monde trouve juste et normal que l'Education Nationale, la santé publique et les universités soient des domaines importants dans la vie d'une nation. Mais le chantier est encore immense, et il le restera. Dieu nous a montré tant d'amour, que nous saurions être en repos tant que nous n'aurons pas trouvé comment guérir notre monde des fléaux qui l'accablent, et d'abord celui de la haine et de la violence. [.] S'il y a des saints aujourd'hui, la grâce ne leur manquera pas pour redonner le souffle de l'espérance partout où il fait défaut : l'accueil de la vie, les obstacles rencontrés dans l'éducation des jeunes, les dépressions, la solitude, les difficultés de la vie familiale. Avec beaucoup d'autres sans doute, je prie - faute d'avoir su agir moi-même - pour que se lèvent parmi nous des génies de la charité qui luttent efficacement contre les dégâts provoqués par la drogue, qui redonnent aux toxicomanes leur dignité et qui réconfortent leurs familles. Par de petites et de grandes initiatives, ils sont nombreux ceux qui nous donnent à comprendre que les rencontres interculturelles sont un enrichissement et non pas un choc de civilisations. La formidable énergie que donne la charité - le véritable amour de l'homme - doit nous montrer comment réduire le tragique déséquilibre international de notre planète. Qui connaît les pays les plus pauvres sait que la joie ne leur fait pas défaut et que le commencement d'un vrai partage de notre argent leur suffirait pour entreprendre et déployer leurs dons. " [.] " Les génies de la charité, dévorés du zèle de la mission ou de l'unité, ils n'ont pas manqué dans ce diocèse ! Ils portent les noms de Frédéric Ozanam, d'Antoine Chevrier, de Pauline Jaricot, de Paul Couturier, et de bien d'autres encore que vous me ferez découvrir. Mais nous n'allons pas nous glorifier de la ferveur qui brûlait dans le cour des autres. C'est aujourd'hui et demain que nous sommes attendus. Le Seigneur est venu allumer un feu sur la terre et il lui tarde que ce feu brûle désormais en nous."
Pour une pédagogie de la foi
La veille de la cérémonie, Mgr Barbarin avait bien voulu répondre à quelques questions sur ce qui sera un des principaux axes de sa pastorale à Lyon.
Même s'ils se sont réjoui du succès des Journées mondiales de la jeunesse successives, notamment celles de Paris, de Rome et de Toronto, beaucoup d'observateurs ont constaté le manque de formation de beaucoup de jeunes de la " Génération JMJ ". Quelles idées peut-on avoir pour former tous ces jeunes à la vie chrétienne ? Le manque de formation est certainement un problème majeur. En l'an 2000 à Rome, Jean-Paul II a dit que les JMJ sont "un laboratoire de la foi". Avec Pierre comme avec Thomas, Jésus avait déjà fait un laboratoire de la foi. Avant d'être nommé à Lyon, dans le diocèse de Moulins, j'ai organisé une session de huit jours pour les jeunes, avec la participation de séminaristes. Cette session comprenait des travaux dirigés et des confessions. Elle regroupait des jeunes du niveau de l'enseignement supérieur. J'ai moi-même traité des deuxième et troisième parties du Catéchisme de l'Eglise catholique. L'intérêt d'une telle session est de mettre le niveau de formation spirituelle des jeunes à la hauteur de leur formation universitaire profane. Il s'agit de leur donner une connaissance de l'Eglise, de la foi, du concile. Une telle occasion permet aussi de leur montrer comment utiliser un dictionnaire de théologie.
Dans L'Enquête sur la Nouvelle évangélisation (1), vous écrivez que "tous les évêques sont traumatisés par le manque de vocations". Le manque de vocations est "une épreuve spirituelle", disent tous les évêques. Beaucoup d'entre eux ne parviennent plus à faire des nominations. Les sources de vocations paraissent souvent bouchées. Dans le diocèse de Moulins, au bout de quatre ans d'épiscopat, j'ai réussi à ordonner un prêtre le 30 juin dernier, juste avant mon départ pour Lyon, et douze autres hommes de 25 à 58 ans se préparent au sacerdoce.
Comment expliquer aux jeunes l'importance de la messe du dimanche ? Jésus disait à propos de l'Eucharistie : "Celui qui mange de ce pain vivra". Autrement dit, "Si tu n'en manges pas, tu meurs !" A cet égard, il faut éviter toute tergiversation. Si on ne mange pas, on meurt de faim. L'Eucharistie est vitale, de la même façon que la prière : prier c'est respirer, comme disait le philosophe Kierkegaard. Lors d'un débat sur la catéchèse, les évêques de France ont vu que ce qui est premier, c'est le commandement de Dieu qui dit : "Tu sanctifieras le jour du Seigneur". Aujourd'hui en France, il y a des enfants auxquels on fait faire leur première communion et qui n'ont jamais mis les pieds à la messe : il y a là une inquiétante contradiction. Il faut parler aux jeunes dans un langage certes accessible à leur culture, mais il ne faut pas essayer de les attirer par des recettes de marketing. C'est la vérité qui rend libre, pas l'apparence à caractère publicitaire. Nous devons dire aux jeunes qu'ils doivent aller à la messe et manger le pain de Dieu, sinon la vie de leur baptême va mourir, leur vie intérieure va s'étioler.
Vous évoquez aussi l'importance de la prière en famille. Dieu nous demande de le prier, et Jésus nous a dit : "Tu n'auras pas deux maîtres, Dieu et l'argent". Dans la maison familiale, il faut que les enfants voient qu'on prie. Il est vrai qu'au moment de l'adolescence, beaucoup de jeunes peuvent avoir une réaction de rejet, mais ensuite, ils peuvent en revenir. Il est bon que les jeunes sachent aussi qu'on peut aller à la messe en semaine, en plus du dimanche.
Peut-on dire que la messe est la meilleure prière ? Oui et non. Outre la messe qui rassemble les fidèles autour de la personne du Christ, il faut que les chrétiens se ménagent des temps de silence et d'écoute, des temps d'oraison. Il est vrai que des temps de prière silencieuse doivent être ménagés aussi pendant les messes : un jour, un jeune marié m'a remercié de lui avoir offert ce qui manquait dans la préparation de sa messe de mariage, précisément ce temps de silence.
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