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LE PAPE, LA POLOGNE ET L'UNION EUROPEENNE Imprimer
Auteur : XA
Sujet : LE PAPE, LA POLOGNE ET L'UNION EUROPEENNE
Date : 2002-08-23 09:41:46

LE PAPE, LA POLOGNE ET L'UNION EUROPEENNE

Le message que le Saint-Père a fait passer à ses compatriotes sur l'entrée de
la Pologne dans l'Union européenne vaut autant pour les pays déjà membres.

L'appui apporté par Jean-Paul II, comme massivement par l'Eglise catholique
polonaise, à l'adhèsion à l'Union européenne est particulièrement utile au
gouvernement de Varsovie tant le débat est parfois tendu avec une fraction de
l'opinion et plusieurs partis d'opposition. Selon les sondages, le taux
d'approbation ne serait que de l'ordre de 60%. Les milieux les plus
réticents, les petits fermiers notamment, seront sans doute les plus
sensibles aux arguments de l'Eglise. Or le Saint-Père leur a donné un
retentissement particulier qui replace les enjeux à leur vraie dimension.

Le Pape rappelle que l'adhèsion n'est pas seulement une affaire de pommes de
terre ou d'espèces fiduciares. Il en va bien entendu aussi de cela mais ces
problèmes ne sont pas insolubles. Ne voir que cela serait s'aveugler sur
l'avenir. Il est clair que comme dans tous les pays qui ont précédemment
rejoint l'Union, la société polonaise dans son ensemble connaîtra des
évolutions accélérées. Jean-Paul II les anticipe comme il l'avait déjà fait
avec la chute du communisme. Il voit déjà son pays dans dix ans d'ici et il
pressent la crise des valeurs qui se manifeste dans ces phases de transition.
Or pour lui, il n'y a pas de solution dans le repli frileux, mais au
contraire dans le saut délibéré "sans peur" dans l'avenir.

Que constate-t-on en effet ? D'abord que, même si les valeurs spirituelles du
peuple polonais peuvent évoluer voire décroître à l'intérieur, elles
reprennent de l'importance à la faveur des relations avec les autres
partenaires européens. Par la multiplication des échanges et des contacts,
les Polonais vont prendre mieux conscience de leur identité et de leur
richesse. Ils auront plus de réticence à s'en détacher. Ils vont y tenir à
nouveau. En outre, ces valeurs vont constituer un apport à la culture
commune. Autour d'elles, la Pologne peut devenir un pôle diplomatique,
attirant dans son orbite en premier lieu la Lithuanie et la Slovaquie - dont
les présidents avaient fait le déplacement de Cracovie autour du Pape.
Au-delà on peut espèrer que la question des valeurs sera ouvertement posée au
sein même des instances européennes, au Parlement de Strasbourg, à la
Commission de Bruxelles. Beaucoup à l'Ouest le redoutent déjà et voient d'un
aussi mauvais oeil l'arrivée des "cathos cléricaux" polonais que celle des
Turcs ! Le message du Pape est donc clair à l'encontre de ces instances: la
Pologne et l'Union européenne doivent s'enrichir mutuellement.

Le débat doit être ouvert. Il est pour le moment sous-jacent: il a effleuré
au moment du référendum irlandais négatif sur la ratification du traité de
Nice. Il avait surgi dans une indescriptible confusion lors des discussions
sur le préambule de la charte des droits fondamentaux adoptée à ce même
sommet de Nice de décembre 2000. Il ne doit pas conduire à l'affrontement de
deux Europe à l'imitation de la guerre des deux France du XIXe siècle. Or là
que dit le Saint-Père ? "le XXe siècle a été marqué par le mystère de
l'iniquité". Par ce rappel en exergue de son homélie du dimanche 18 Août,
Jean-Paul II rappelait aussi à chacun, Polonais, mais aussi aux deux Europe,
de l'Ouest , du Centre et de l'Est, que l'élargissement de l'Union européenne
s'étend aux morts autant qu'aux vivants. Ce sera aprés cinquante ans
d'absence, l'entrée de tout un pan de l'histoire européenne dont on s'est
finalement bien accommodé, tant à l'Est qu'à l'Ouest, mais qui, avec ce saut
dans l'avenir, nous submergera: car qui parlera, au sein des instances
européennes, pour toutes les victimes du nazisme et du communisme ? Ce
n'était pas trop un problème jusqu'à présent à Bruxelles. L'Europe
(occidentale) ne s'est-elle pas fondée sur la réconciliation avec l'Allemagne
et le rejet du communisme ? Peut-on considérer que cette opération est d'ores
et déjà acquise pour les terres orientales ? Brutalement, ose-t-on poser la
question de savoir qui parle à Bruxelles au nom des six millions de juifs ?
Or de fait, l'élargissement à la Pologne crucialement "européanise" les pires
camps de concentration. Plus que par le passé, nous allons vivre une
véritable réappropriation de cette mémoire collective. Comment allons-nous la
transformer pour l'avenir ? C'est un autre regard qu'il nous faut. Les champs
polonais ne sont pas qu'un sujet pour les experts de la politique agricole
commune. Voilà ce que le Pape veut inscrire dans notre nouvelle conscience
d'Européens à la veille du passage à la "grande Europe".

Yves LA MARCK

Source : Lettre de liaison de France Catholique n°55 - 22 août 2002


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