BULLETIN DE LA SAINTE FAMILLE N. 338 L'Esprit vivifie car rien de ce qu'Il fait ne peut vieillir et passer de mode. *** Chez certains peuples dont les connaissances n'ont pas progressé depuis des siècles, il y a des coutumes très intéressantes sur le plan archéologique. Dans ces tribus, on suit parfois un rite, on observe un usage dont les origines sont extrêmement anciennes : ils ne savent plus pourquoi ils font cela mais ils le font, parce qu'il faut le faire. En fait j'ai bien l'impression qu'il y a beaucoup de gens aussi chez les peuples dits "évolués" qui agissent de la même façon. Je me souviens d'une brave famille où l'on voulait faire baptiser le nouveau-né: parce que, vous comprenez, s'il n'était pas baptisé, on ne pourrait pas le traiter contre les vers ! Nous avons là une conception de la vie, de la façon dont il faut la mener, qui s'oppose directement à celle de l'Évangile. C'est la Lettre contre l'Esprit. La Lettre est issue de l'Ancien Testament avorté. Car l'Ancien Testament pris tout seul, depuis la venue du Christ, est nocif et dangereux : la Lettre tue. L'Ancien Testament était une préparation au Nouveau Testament Il a servi à faire prendre conscience à l'homme de son extrême misère et de son incapacité à se sauver par lui-même, même en cherchant à suivre scrupuleusement tous les préceptes de Moïse : nul n'y arrivait ! Et c'est la raison pour laquelle le Judaïsme est si sclérosé aujourd'hui. Il fait suivre des rites qui ont perdu leur justification par l'arrivée du Messie et l'instauration de la Nouvelle Alliance selon l'Esprit de Dieu. Oui, la Lettre engendre des attitudes, des coutumes qui n'ont pas ou plus de raisons d'être : ce sont des coquilles vides. Beaucoup d'hérésies sont nées à la suite du même genre d'erreur. Ainsi, Luther s'est focalisé sur un passage de St Paul: " Mon Juste vit par la Foi ". Ne regardant que cela et oubliant les innombrables passages du Nouveau Testament qui complètent cette phrase, il en a conclu que la Foi seule sauve, sans qu'il y ait besoin des oeuvres. Il y a donc un écueil qu'il nous faut éviter, c'est cette sclérose de l'esprit qui empêche de réfléchir aux raisons profondes qui doivent nous faire agir. Celui qui, à la question : Pourquoi faites-vous cela ? ne peut répondre que : Parce que cela se fait comme ça ! Celui-là est esclave de la Lettre. En effet si on applique ce principe, on peut obtenir de belles réponses. Pourquoi allez-vous à la Messe ? Parce qu'il faut bien y aller. Pourquoi vous confessez-vous ? Parce que les autres en font autant Pourquoi faites-vous baptiser vos enfants ? Pour faire comme tout le monde. Non mais quelle solidité peut avoir une telle religion ? On l'a vu quand les gens ont suivi en masse la révolution qui a miné notre religion, introduisant les "fumées de Satan " dans l'Eglise. Il s'en est trouvé bien peu qui, ayant les fondements solides, ont été capables de réagir selon l'Esprit de Dieu. Mais il y a un autre écueil : sous prétexte qu'on ne sait plus le sens de tel ou tel usage, on le supprime sans autre procès ! Au lieu de chercher les raisons de son existence. C'est la tendance qui a monté en puissance dans les années 50-60. Grave erreur! car ces usages anciens qui sont réellement ancrés sur l'Évangile ne se démodent pas. Ils sont issus de la Nouvelle Alliance qui est éternelle, c'est-à-dire toujours neuve et jeune. D'ailleurs, met-on le feu à sa maison parce qu'on en a perdu la clef ? Ce sont les barbares qui détruisent ce qu'ils ne comprennent pas ! L'Esprit s'oppose à la Lettre parce qu'il va jusqu'au plus profond des choses. Vivre selon l'Esprit de l'Évangile, c'est s'astreindre à aller au fond des choses, à étudier, à mieux connaître la doctrine chrétienne et les fondements des usages et rites catholiques immémoriaux. Et l'expérience montre que plus on fouille, plus on étudie les coutumes, les usages et les rites chrétiens, plus on les trouve merveilleux: l'Esprit vivifie. La grande erreur des réformateurs, depuis près de 40 ans, c'est d'avoir voulu faire du nouveau sous prétexte de dépoussiérer. On "a fabriqué" (Cl Ratzinger) quelque chose que l'on croyait nouveau mais qui était seulement à la mode. Et maintenant c'est totalement démodé. Ce qui l'illustre le mieux, ce sont les costumes des religieuses. Les anciens costumes étaient hors mode et n'ont toujours pas vieilli. Les costumes conçus dans les années 60 font totalement ringards. Ce qu'il fallait faire, ce qu'il faut faire, c'est remettre en valeur les coutumes chrétiennes, les bons coutumes vraiment chrétiennes, toutes ces bonnes coutumes. C'est aussi remettre en lumière leur sens et leur richesse. Les nouveautés ont conduit à un désastre sans précédent dans l'histoire de l'Église. On s'acharne à appliquer les nouveautés, refusant d'en faire le bilan : le désastre continue car les faits sont têtus. Et si on revenait aux us et coutumes qui ont bâti la chrétienté où il faisait bon vivre ? Ces valeurs, nous les trouvons tout simplement dans l'Évangile, dans le catéchisme, dans tout ce que la Tradition nous a légué comme un trésor précieux, à ne pas dilapider. Ce trésor nous donne l'Esprit de l'Évangile. C'est par lui que nous vivrons.
+ Jehan de Durat |