Randonneurs ou pèlerins ? Attentes spirituelles sur le chemin Par Mgr Bernard Housset, évêque de Montauban
Dans le cadre du jumelage entre Estella (Espagne) et Saint-Jean-Pied-de-Port-Ronceveaux (France), Mgr Bernard Housset, évêque de Montauban, originaire de Saint-Jean-Pied-de-Port, a donné une conférence à Estella, en 2001, sur le thème du Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Extrait d’un document qui prolonge l’actualité du dossier paru dans SNOP, n° 1118, du 3 juin 2002.
« […] Sans aucun doute, le développement de cette fréquentation pose des questions nouvelles à l’Église. Car il révèle des attentes spirituelles, j’en suis profondément persuadé. Comment y répondre ? J’ai axé ma conférence sur ce sujet. Je ne parlerai, bien entendu, que de l’Église de France. Car je ne me permettrai pas d’élargir mes propos à l’Espagne, même si je la connais un peu et l’aime beaucoup.
Quelques témoignages
Dans mon diocèse
« Ce chemin m’a changé la vie. Nous la passons à la compliquer, or nous avons découvert que nous pouvons vivre de manière beaucoup plus simple ».
« La seconde année, je l’ai fait tout seul car j’avais été déçu par le groupe. J’ai découvert la marche le matin de bonne heure dans une nature endormie avec la possibilité de faire silence sur moi-même ».
« Notre génération, en 1968, a cru changer la société, nous en sommes revenus. Aujourd’hui, nous avons plutôt envie d’y être à l’aise en étant à l’aise avec nous-mêmes ». « J’avais besoin de me réconcilier avec moi-même et de faire le point pour faire le passage à ma retraite professionnelle ».
« La marche sur le chemin est un espace de liberté, ce n’est pas si fréquent aujourd’hui d’en profiter. Elle met en jeu le corps, l’être et la nature. On se trouve seul face à soi-même… Pour certains, c’est une recherche d’un sens à sa vie, pour d’autres, l’occasion de faire enfin ce dont ils ont envie sans contraintes. J’ai rencontré des gens blessés par la vie, par le système économique et professionnel. Tous aspirent à la liberté, c’est aussi un signe d’espérance ».
Du curé de Navarrenx qui, depuis vingt ans, accueille tous les soirs les randonneurs pèlerins avec une équipe de laïcs
« Un grand merci pour votre hospitalité. Je n’ai, je pense, jamais vraiment eu une grande facilité d’expression, mais je vais essayer par ces quelques lignes de vous faire savoir ma soif de vie, d’épanouissement et de spiritualité. J’ai une grande difficulté à y parvenir, car je ne trouve malheureusement pas de sens à ma vie. Cela peut être contradictoire de dire que j’ai une grande soif et que je ne trouve pas de sens. Mais toujours est-il que c’est ainsi. C’est pourquoi je suis sur le chemin ».
« Je suis parti sur le chemin dans la confiance de l’enfant pour son père. Ras le bol de l’inertie, de la routine, de l’habitude. Prendre l’air, retrouver mon rythme propre, hors du temps, en toute liberté, en grande confiance aussi. Seule, seule, mais la main dans la main de saint Jacques. Attentive aussi aux rencontres, aux messages, petite pièce de puzzle à étudier, à regarder et à comprendre. À assembler patiemment, un pas après l’autre, un kilomètre après l’autre, un jour après l’autre. Retrouver l’importance des choses essentielles, le pain et l’eau, la beauté des paysages, le calme des chapelles. Remercier pour tous ces cadeaux que Dieu nous fait chaque jour, petites choses noyées dans la folie du quotidien. Avancer sur le chemin, découvrir des images, des symboles, des signes. Se découvrir pèlerin, marchant après tant d’autres, venant devant d’autres encore, peuple en marche. Merci de m’avoir écouté. Merci pour ce temps d’accueil et ce temps donné. Merci pour les messages : “Laisse toi aimer”, “Accepte tes faiblesses”, “Marche et sache t’arrêter”. “Prends le temps de t’asseoir”. J’ai du pain sur la planche, le chemin est devant, j’ai de quoi avancer, avancer vers l’amour. Ultreia ! »
« Le pèlerin qui s’en va sur le chemin a décidé de se dépouiller, guidé par le ciel, par la nature. Oubliant ses mille et un soucis quotidiens, il ouvre enfin son cœur, ses oreilles et ses yeux à toutes les merveilles qui s’offrent à lui, à tous les gens qui cheminent à ses côtés, il a enfin le temps d’écouter. Vous, cher monsieur le curé, vous ouvrez votre cœur et votre porte sans a priori, vous avez foi en l’homme. Merci pour cette inoubliable soirée, elle m’a autant que votre feu réchauffé le cœur ».
« Je n’ai plus de chez moi et de travail, mais je me sens bien, sans peur et en confiance pour l’avenir. Le pèlerinage m’aide à mûrir la prochaine étape de ma vie, à mettre de l’ordre, à comprendre plus profondément la foi, la mienne (très en dents de scie) et celle des autres. Chemin de tolérance et d’ouverture vers les autres, sur le chemin on est dans le juste. Quand je marche seul, je ne me sens jamais seul, il doit être avec moi ».
« Mieux que l’arrivée à Santiago, l’essentiel est bien “l’eau vive” trouvée sur ce chemin de vie-là, dans ce pauvre hameau de jeunes américano-espagnols qui m’ont donné eau, café, cassette sur Jésus et cette carte avec la référence « todo el que bebe de esta agua volvera a tener sed ; en cambio, el que beba del agua que yo quiero darle, nunca mas volvera a tener sed » (Évangile de Jean 4, 13-14). Merci pour l’amour rencontré ici et à Navarrenx ».
« Toute ma vie professionnelle, au contact des hommes, parfois dans des conditions difficiles, j’ai pu mesurer l’irrépressible besoin d’amour chez ceux-ci. Tout particulièrement aujourd’hui manque cruellement dans ce monde un peu de profondeur humaine en regard de l’extrême superficialité, de la recherche du plaisir et du confort matériel de ce temps. Aussi, je crois en Dieu, un Dieu unique dans ce monde. En revanche, je conserve une attitude réservée et critique de ses Églises. Cependant, j’ai trouvé et combien apprécié la chaleur humaine de l’accueil chrétien partout où je suis passé depuis mon départ. Je conserverai ce souvenir de vous, la profondeur de votre regard et votre cœur ».
« Et le pardon ? Cette chose précieuse, ce don de Dieu ! cela aussi m’est venu en cheminant, l’idée que mon chemin intérieur, mes découvertes, mes doutes et mes peurs devaient pouvoir se compléter (pour solde des comptes, dirait un comptable) du sacrement de réconciliation. Navarrenx était presque au bout de mon chemin, le père Ihidoy y accueille les pèlerins. C’était là, pensais-je, que j’avais rendez-vous avec Dieu pour le pardon. Vivre le sacrement de réconciliation en prenant le temps de parler, raconter comme un enfant perdu qui va vers son père, le retrouve et, retrouvant la confiance, lui demande le pardon pour tout ce qui ne va pas, prendre le temps de parler, d’être écouté, d’écouter, d’être pardonné, quelle expérience formidable du pardon. Quelle certitude de l’importance de ce don sacré ! » (e-mail de Christine).
« Je recevais le même soir deux Hollandais. Le premier professeur d’université, spécialisé dans l’histoire du Moyen-Âge, donnant des conférences ici et là, me dit : “Ma vie est comblée, mais plus j’avance dans la vie, plus je me pose la question du sens de cette histoire que j’enseigne. Peut-être que ce chemin m’apportera un bout de réponse ?” L’autre était un polytechnicien fortement engagé dans la vie professionnelle et artistique, il me dit, lui aussi en aparté : “J’espère trouver sur ce chemin, celui que je cherche”.
« Il y a aussi des recommençants, c’est-à-dire des hommes et des femmes qui ont un passé chrétien et qui ont pris de la distance avec la pratique religieuse à la suite de certains malentendus avec les représentants de l’Église. Dans le calme de la nature et le rythme du pas de l’homme, le chemin leur permet de reconsidérer leurs liens avec la foi chrétienne. Il y a de magnifiques retournements et des renaissances à une vie nouvelle, pour d’autres, c’est simplement une amorce d’un retour vers Dieu. Il faudra du temps pour aplanir les montagnes de malentendus entre eux et l’Église, d’une part, et pour rectifier les fausses images de Dieu que le passé leur a léguées, d’autre part ».
Le Chemin, chance pour proposer l’Évangile
Ces témoignages sont suffisamment explicites pour ne pas mettre en cause l’évidence suivante : parmi les randonneurs et touristes se trouvent des pèlerins, d’authentiques pèlerins. Inutile de chercher des précisions statistiques : Dieu seul sonde les reins et les cœurs ! D’autant que les mêmes peuvent être à la fois intéressés par le sport, la culture et la spiritualité. D’autant aussi qu’en avançant sur le chemin – c’est précisément sa magie selon certains, sa grâce comme d’autres en témoignent – les questions existentielles peuvent se poser et la recherche spirituelle se déclencher, auxquelles la foi chrétienne apporte ses réponses irremplaçables. Voyons à partir de quelques traits caractéristiques du Chemin comment cette proposition de l’Évangile se fait et peut continuer de se faire.
Un chemin de liberté
C’est avant tout un chemin de liberté. On y vient car c’est un itinéraire où l’on est libre. On va où l’on veut, à son rythme, on s’arrête quand on veut. Ce sentiment exprime tout à fait la mentalité actuelle où l’on revendique sa liberté à tout prix. Nous sommes en effet dans une société européenne qui a énormément développé le sens de l’autonomie personnelle et de la liberté de chacun avec son versant négatif, celui de l’individualisme. Ce qui motive aujourd’hui, c’est vraiment de pouvoir réaliser ses envies, ses désirs. L’expression « j’ai envie » revient souvent dans les motivations des marcheurs du Chemin.
Ce qui est intéressant à noter, c’est que la recherche de cette liberté ne se confond pas avec l’anarchie comme dans d’autres réalités de la société actuelle. Il y a un certain nombre de valeurs que les marcheurs mettent en pratique : par exemple, le respect de l’autre et des lieux (laisser le gîte propre), la volonté que chacun trouve une place, la convivialité et la chaleur humaine dans les relations soit sur les parcours soit dans les étapes.
La première attitude pastorale va donc de soi. L’Église catholique ne cherche pas à s’accaparer le Chemin, même si la source fondamentale de celui-ci reste chrétienne. D’autant qu’en France, l’Église catholique, pour la majorité de l’opinion publique, n’a pas une image positive et suscite une certaine méfiance. Il est à noter que la situation est différente : en Espagne, l’esprit pèlerin semble prédominer, c’est un chemin de chrétiens qui accueille des non-chrétiens. En revanche, en France, on parle surtout d’un chemin de randonnée (le GR 65) qui accueille des chrétiens.
L’Église ne tient pas à canaliser, centraliser, récupérer quoi que ce soit. Nous rejoignons là une des convictions que nous, évêques, avons affirmées dans notre Lettre aux catholiques de France, parue en 1996. Nous sommes à l’aise dans la société française actuelle, marquée par la laïcité et le pluralisme. Nous respectons les convictions de chacun et ne cherchons à régenter personne. Et le fait que nous exprimions nos convictions ne signifie pas que nous prétendions les imposer.
Qui dit société pluraliste dit société interreligieuse. Nous acceptons cette situation, tout en discernant que, parmi la diversité des spiritualités et des recherches spirituelles, le meilleur et le pire co-existent.
Le Chemin permet aussi de se mettre en route
C’est-à-dire, au sens figuré, de sortir de soi, de quitter des habitudes, de dépasser l’existence ordinaire. C’est la fameuse parabole d’Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des Hommes. « Quand passent les canards sauvages à l’époque des migrations, ils provoquent de curieuses marées sur les territoires qu’ils dominent. Les canards domestiques, comme attirés par le grand vol triangulaire amorcent un bond inhabile… Voilà que, dans cette petite tête dure où circulaient d’humbles images de mares, de vers, de poulaillers, se développent les étendues continentales, le goût des vents du large et la géographie des mers » (Éd. La Pléiade).
On peut dire qu’après des siècles de sédentarité, les Occidentaux redécouvrent la mobilité et l’itinérance. Les migrations touristiques en fournissent par ail-leurs une illustration frappante. Durant les premiers siècles de l’Église, les chrétiens se sont mis en route vers Jérusalem, puis le pèlerinage de Rome est devenu de plus en plus important. Depuis mille ans, avec des périodes de splendeur et d’abandon, le Chemin de Compostelle a également pris sa place. Mais elle est tout à fait originale car, parmi tous les pèlerinages chrétiens actuels, le « Camino » est vraiment unique, puisque les pèlerinages de Rome, de Jérusalem ou de Lourdes ne s’accomplissent pas à pied. Ainsi le « Camino » est, en quelque sorte, le symbole de la vie humaine, comme l’expriment les évêques du Chemin dans leur lettre pastorale du 24 juillet 1988…
Étymologiquement le mot pèlerin signifie le voyageur, celui qui passe, c’est-à-dire l’étranger. Et souvent l’étranger dérange, car il est différent. Comment les sédentaires vont-ils donc l’accueillir ?
La qualité de l’accueil est essentielle. Il y a, bien entendu, l’accueil sur le plan matériel et sur le plan culturel. Ce dont je veux parler, c’est l’accueil chrétien. Il doit être tout à fait désintéressé, mais réel. Tous les témoignages écrits ou oraux l’expriment avec conviction. Là où une présence chrétienne est explicite, la formulation de la recherche spirituelle et de la foi chrétienne est explicite. Si les marcheurs sont traités en simples randonneurs, ils se comporteront comme randonneurs. S’ils se sentent accueillis en pèlerins, ils réagiront en pèlerins. Ils parlent d’ailleurs avec émotion et chaleur humaine de lieux chrétiens qui les ont marqués : la communauté des moines de Conques, le couple d’Estaing, les religieuses de Vaylats, les prêtres et les laïcs de Lectoure et de Navarrenx, etc. Ces accueils sont de plus en plus animés par des prêtres, des religieuses, des laïcs. Ainsi est donnée une image réelle de l’Église, comme corps du Christ où chaque membre joue son rôle. Cet accueil chrétien explicite se développe, car il permet aux sédentaires de goûter le passage des pèlerins sur les plans de la relation humaine, de l’échange culturel, du partage spirituel dans la réciprocité. Et ce brassage, nous ne pouvons pas encore en mesurer les effets pour une nouvelle vitalité de la foi chrétienne et de la vie en Église. Il commence à peine.
C’est un chemin de guérison possible
Chacun de nous porte ses blessures et chacun cherche à les guérir. Le Chemin permet ainsi de retrouver un certain équilibre de vie. À commencer par les bienfaits de la marche, sur le plan physique comme sur le plan mental et spirituel. Le bienfait de la marche à pied est aussi le bienfait de la mar-che de l’esprit, en quelque sorte.
Il peut y avoir une réconciliation avec soi-même, la marche facilitant un certain ressourcement physique et intérieur. C’est une aventure à taille humaine dans laquelle on se lance. Elle permet de se désencombrer, alors que nous nous sommes créés trop de besoins artificiels.
Il peut y avoir aussi la reprise d’un contact avec la nature. Beaucoup de citadins vivent dans un univers artificiel et ils ont besoin de réagir contre l’enfermement urbain.
Le Chemin facilite un certain accomplissement, un certain épanouissement de soi. Mais cette aventure ne se fait pas au détriment des autres, en marchant sur les autres, à la différence de la plupart des situations professionnelles. Elle permet de se pacifier soi-même et de développer une relation de paix avec les autres marcheurs.
Bref, le Chemin – c’est l’expérience de beaucoup – permet une renaissance de soi ou une « nouvelle naissance », au lieu de rester étranger à soi, une renaissance à sa véritable identité.
Ainsi le Christ peut-il être explicitement proposé, lui « qui est venu guérir et sauver tous les hommes ». Certes, il importe d’abord de beaucoup écouter avant de proposer le témoignage de sa propre foi au moment opportun, d’écouter les personnes exprimer leurs appels à la vraie vie, au-delà des besoins vitaux indispensables. La vraie vie pouvant se définir par « la soif d’eau vive ».
Mais, après le temps de l’écoute, vient celui de l’annonce ou du témoignage. Car il y a une demande souvent inconsciente et s’il est important d’écouter, il est important aussi de répondre à l’attente. D’autant que les passants l’expriment plus facilement que les sédentaires, puisqu’ils savent qu’ils ne reverront pas leur interlocuteur. Ils se sentent plus libres pour poser des questions de fond. Il est indispensable que des lieux d’accueil s’affichent vraiment comme chrétiens, sans prétention je le répète. Viendra qui voudra dans ces accueils pour une écoute spirituelle, un temps d’échange et éventuellement de célébration. Il ne s’agit pas de prosélytisme, il s’agit de répondre aux appels, d’autant que si l’être humain est un animal religieux, il n’est pas spontanément évangélique.
Le témoignage explicite est essentiel. Ainsi une Parisienne qui a fait Kathmandou en 1968 : par le simple fait d’entendre un couple belge dire le chapelet, vingt mètres devant elle, a redécouvert la foi chrétienne et est désormais membre d’une petite communauté parisienne qui se réunit le dimanche soir.
Reconnaître l’attente spirituelle, ce n’est pas récupérer, ni contraindre la liberté du marcheur. Plusieurs témoignages m’ont été donnés que les marcheurs ordinaires, même s’ils n’ont pas de liens réguliers avec l’Église catholique, aiment, par exemple, qu’on les bénisse à la fin d’une messe. Ainsi m’a-t-on dit que la bénédiction à Roncevaux en trois langues ravit les Français.
L’Évangile nous fournit ici une pédagogie de la proposition jamais dépassée. Particulièrement Jean, 1, 35-39. Le Christ pose la question à deux disciples de Jean-Baptiste : « Que cherchez-vous ? » et après leur interrogation : « Où demeures-tu maître ? », il leur répond : « Venez et vous verrez ». La foi chrétienne est avant tout l’accueil du Christ ressuscité et une rencontre avec Lui. Peu à peu, au fur et à mesure que cette recherche s’approfondit et que la présence est accueillie, il y a comme un basculement chez les chercheurs de Dieu. Ils se rendent compte que, si, au départ, ils pensaient chercher Dieu, ils découvrent que c’est Dieu qui les cherche. Progressivement, ils mettent leurs pas dans les pas du Christ. Être chrétien, c’est vivre pour le Christ et le suivre jusqu’à trouver sa plénitude.
Quelques moyens semblent peu à peu être mis au point pour cette proposition du Christ : ldes églises ouvertes ; ldes messes priantes dans un climat cordial ; ldes rencontres détendues autour d’une table (l’accueil des religieuses de Vaylats est réputé pour la qualité de la soupe et des échanges) ; lun document simple qui présenterait l’essentiel de la démarche chrétienne ; ldes sites d’écoute sur Internet (à Lourdes, 45 000 demandes sont ouvertes sur le web d’information et de prière) ; ldes liens à créer entre les passants et les sédentaires ; ldes confréries qui permettent aux anciens pèlerins de se retrouver. Il est en effet important de proposer des liens ou de les renouer avec la paroisse.
Un directeur de pèlerinage, dont je n’ai jamais oublié la boutade, m’a dit, il y a bien longtemps : « La foi au Christ rentre par les pieds ! ». Il est bien vrai que le Christ est le Chemin, la Vérité, la Vie. C’est par lui et lui seul que nous pouvons être guéris de nos blessures, être sauvés et trouver la plénitude de Dieu comme notre plénitude humaine. L’affirmation du philosophe Pascal est toujours vraie : « Nous ne connaissons Dieu que par Jésus Christ et non seulement nous ne connaissons Dieu que par Jésus Christ mais nous ne nous connaissons nous-mêmes que par Jésus Christ » (Pascal, Pensées 547 et 548).
Le Chemin, enfin, est l’une des expressions du génie européen
Chacun connaît le mot de Gœthe selon lequel la conscience européenne s’est forgée grâce au pèlerinage de Saint-Jacques. Ce n’est pas sans raisons que le Conseil de l’Europe a déclaré le Camino comme premier itinéraire culturel, car il contient un patrimoine artistique considérable, comme le Pape le rappelait lors de sa première venue à Santiago en 1982.
Le Camino a ainsi réalisé entre des races et des peuples différents une mentalité et des valeurs communes, une solidarité économique et spirituelle qui permet, après les drames de ces derniers siècles, d’imaginer avec énergie et espérance la construction d’une unique maison européenne, maison de famille pourrait-on dire.
La beauté peut donc être un chemin de Dieu. D’abord les beautés de la nature que les citadins redécouvrent, mais aussi les beautés des réalisations artistiques. Comme l’a dit le cardinal Poupard, en donnant une conférence à l’occasion des 900 ans du cloître de Moissac, sur la route du Puy : « Le langage de l’art sacré est le message profond du christianisme. Il se propose sans s’imposer. Il se fait humble car la grâce exclue toute arrogance. C’est le langage du Magnificat, du serviteur qui se met au service de la beauté, conscient de n’avoir aucun droit sur elle. La beauté est splendeur et rayonnement, seule sa source la contient en totalité. La beauté ne s’emprisonne pas, ni ne se retient. Elle n’est la propriété de personne et se donne à tous ».
Des équipes de bénévoles se multiplient en France, dans des églises, des abbayes et des basiliques, pour faire découvrir que le Christ révèle la beauté éternelle du Père dans le don de son Esprit.
Vous ai-je communiqué mon enthousiasme ? En tous cas, je suis de plus en plus persuadé, dans ma conscience d’évêque, que le succès du Chemin préfigure un nouvel élan spirituel.
Notre Église catholique ne ressemble-t-elle pas parfois à un vieil olivier qui semblait stérile ?
À un moment donné, il est capable de ressurgir plus verdoyant et fertile que jamais. Grâce à l’Esprit du Christ Ressuscité, notre Chemin éternel.
+ Bernard Housset évêque de Montauban Estella, le 24 juillet 2001. |