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Saint Jacques de Compostelle : randonneurs ou pélerins ? Imprimer
Auteur : Mgr Bernard Housset
Sujet : Saint Jacques de Compostelle : randonneurs ou pélerins ?
Date : 2002-07-23 20:33:40

Randonneurs ou pèlerins ? Attentes spirituelles sur le chemin
Par Mgr Bernard Housset, évêque de Montauban


Dans le cadre du jumelage entre Estella (Espagne) et Saint-Jean-Pied-de-Port-Ronceveaux (France),
Mgr Bernard Housset, évêque de Montauban, originaire de Saint-Jean-Pied-de-Port, a donné une
conférence à Estella, en 2001, sur le thème du Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Extrait d’un
document qui prolonge l’actualité du dossier paru dans SNOP, n° 1118, du 3 juin 2002.

« […] Sans aucun doute, le développement de cette fréquentation pose des questions
nouvelles à l’Église. Car il révèle des attentes spirituelles, j’en suis profondément persuadé.
Comment y répondre ? J’ai axé ma conférence sur ce sujet. Je ne parlerai, bien entendu, que
de l’Église de France. Car je ne me permettrai pas d’élargir mes propos à l’Espagne, même si
je la connais un peu et l’aime beaucoup.

Quelques témoignages

Dans mon diocèse

« Ce chemin m’a changé la vie. Nous la passons à la compliquer, or nous avons découvert
que nous pouvons vivre de manière beaucoup plus simple ».

« La seconde année, je l’ai fait tout seul car j’avais été déçu par le groupe. J’ai découvert la
marche le matin de bonne heure dans une nature endormie avec la possibilité de faire
silence sur moi-même ».

« Notre génération, en 1968, a cru changer la société, nous en sommes revenus. Aujourd’hui,
nous avons plutôt envie d’y être à l’aise en étant à l’aise avec nous-mêmes ».
« J’avais besoin de me réconcilier avec moi-même et de faire le point pour faire le passage à
ma retraite professionnelle ».

« La marche sur le chemin est un espace de liberté, ce n’est pas si fréquent aujourd’hui d’en
profiter. Elle met en jeu le corps, l’être et la nature. On se trouve seul face à soi-même… Pour
certains, c’est une recherche d’un sens à sa vie, pour d’autres, l’occasion de faire enfin ce
dont ils ont envie sans contraintes. J’ai rencontré des gens blessés par la vie, par le système
économique et professionnel. Tous aspirent à la liberté, c’est aussi un signe d’espérance ».

Du curé de Navarrenx qui, depuis vingt ans, accueille tous les soirs les randonneurs pèlerins
avec une équipe de laïcs

« Un grand merci pour votre hospitalité. Je n’ai, je pense, jamais vraiment eu une grande
facilité d’expression, mais je vais essayer par ces quelques lignes de vous faire savoir ma
soif de vie, d’épanouissement et de spiritualité. J’ai une grande difficulté à y parvenir, car je
ne trouve malheureusement pas de sens à ma vie. Cela peut être contradictoire de dire que
j’ai une grande soif et que je ne trouve pas de sens. Mais toujours est-il que c’est ainsi. C’est
pourquoi je suis sur le chemin ».

« Je suis parti sur le chemin dans la confiance de l’enfant pour son père. Ras le bol de
l’inertie, de la routine, de l’habitude. Prendre l’air, retrouver mon rythme propre, hors du
temps, en toute liberté, en grande confiance aussi. Seule, seule, mais la main dans la main
de saint Jacques. Attentive aussi aux rencontres, aux messages, petite pièce de puzzle à
étudier, à regarder et à comprendre. À assembler patiemment, un pas après l’autre, un
kilomètre après l’autre, un jour après l’autre. Retrouver l’importance des choses essentielles,
le pain et l’eau, la beauté des paysages, le calme des chapelles. Remercier pour tous ces
cadeaux que Dieu nous fait chaque jour, petites choses noyées dans la folie du quotidien.
Avancer sur le chemin, découvrir des images, des symboles, des signes. Se découvrir pèlerin,
marchant après tant d’autres, venant devant d’autres encore, peuple en marche. Merci de
m’avoir écouté. Merci pour ce temps d’accueil et ce temps donné. Merci pour les messages :
“Laisse toi aimer”, “Accepte tes faiblesses”, “Marche et sache t’arrêter”. “Prends le temps de
t’asseoir”. J’ai du pain sur la planche, le chemin est devant, j’ai de quoi avancer, avancer vers
l’amour. Ultreia ! »

« Le pèlerin qui s’en va sur le chemin a décidé de se dépouiller, guidé par le ciel, par la
nature. Oubliant ses mille et un soucis quotidiens, il ouvre enfin son cœur, ses oreilles et ses
yeux à toutes les merveilles qui s’offrent à lui, à tous les gens qui cheminent à ses côtés, il a
enfin le temps d’écouter. Vous, cher monsieur le curé, vous ouvrez votre cœur et votre porte
sans a priori, vous avez foi en l’homme. Merci pour cette inoubliable soirée, elle m’a autant
que votre feu réchauffé le cœur ».

« Je n’ai plus de chez moi et de travail, mais je me sens bien, sans peur et en confiance pour
l’avenir. Le pèlerinage m’aide à mûrir la prochaine étape de ma vie, à mettre de l’ordre, à
comprendre plus profondément la foi, la mienne (très en dents de scie) et celle des autres.
Chemin de tolérance et d’ouverture vers les autres, sur le chemin on est dans le juste. Quand
je marche seul, je ne me sens jamais seul, il doit être avec moi ».

« Mieux que l’arrivée à Santiago, l’essentiel est bien “l’eau vive” trouvée sur ce chemin de
vie-là, dans ce pauvre hameau de jeunes américano-espagnols qui m’ont donné eau, café,
cassette sur Jésus et cette carte avec la référence « todo el que bebe de esta agua volvera a
tener sed ; en cambio, el que beba del agua que yo quiero darle, nunca mas volvera a tener
sed » (Évangile de Jean 4, 13-14). Merci pour l’amour rencontré ici et à Navarrenx ».

« Toute ma vie professionnelle, au contact des hommes, parfois dans des conditions
difficiles, j’ai pu mesurer l’irrépressible besoin d’amour chez ceux-ci. Tout particulièrement
aujourd’hui manque cruellement dans ce monde un peu de profondeur humaine en regard de
l’extrême superficialité, de la recherche du plaisir et du confort matériel de ce temps. Aussi,
je crois en Dieu, un Dieu unique dans ce monde. En revanche, je conserve une attitude
réservée et critique de ses Églises. Cependant, j’ai trouvé et combien apprécié la chaleur
humaine de l’accueil chrétien partout où je suis passé depuis mon départ. Je conserverai ce
souvenir de vous, la profondeur de votre regard et votre cœur ».

« Et le pardon ? Cette chose précieuse, ce don de Dieu ! cela aussi m’est venu en cheminant,
l’idée que mon chemin intérieur, mes découvertes, mes doutes et mes peurs devaient
pouvoir se compléter (pour solde des comptes, dirait un comptable) du sacrement de
réconciliation. Navarrenx était presque au bout de mon chemin, le père Ihidoy y accueille les
pèlerins. C’était là, pensais-je, que j’avais rendez-vous avec Dieu pour le pardon. Vivre le
sacrement de réconciliation en prenant le temps de parler, raconter comme un enfant perdu
qui va vers son père, le retrouve et, retrouvant la confiance, lui demande le pardon pour tout
ce qui ne va pas, prendre le temps de parler, d’être écouté, d’écouter, d’être pardonné,
quelle expérience formidable du pardon. Quelle certitude de l’importance de ce don sacré ! »
(e-mail de Christine).

« Je recevais le même soir deux Hollandais. Le premier professeur d’université, spécialisé
dans l’histoire du Moyen-Âge, donnant des conférences ici et là, me dit : “Ma vie est
comblée, mais plus j’avance dans la vie, plus je me pose la question du sens de cette
histoire que j’enseigne. Peut-être que ce chemin m’apportera un bout de réponse ?” L’autre
était un polytechnicien fortement engagé dans la vie professionnelle et artistique, il me dit,
lui aussi en aparté : “J’espère trouver sur ce chemin, celui que je cherche”.

« Il y a aussi des recommençants, c’est-à-dire des hommes et des femmes qui ont un passé
chrétien et qui ont pris de la distance avec la pratique religieuse à la suite de certains
malentendus avec les représentants de l’Église. Dans le calme de la nature et le rythme du
pas de l’homme, le chemin leur permet de reconsidérer leurs liens avec la foi chrétienne. Il y
a de magnifiques retournements et des renaissances à une vie nouvelle, pour d’autres, c’est
simplement une amorce d’un retour vers Dieu. Il faudra du temps pour aplanir les
montagnes de malentendus entre eux et l’Église, d’une part, et pour rectifier les fausses
images de Dieu que le passé leur a léguées, d’autre part ».

Le Chemin, chance pour proposer l’Évangile

Ces témoignages sont suffisamment explicites pour ne pas mettre en cause l’évidence
suivante : parmi les randonneurs et touristes se trouvent des pèlerins, d’authentiques
pèlerins. Inutile de chercher des précisions statistiques : Dieu seul sonde les reins et les
cœurs ! D’autant que les mêmes peuvent être à la fois intéressés par le sport, la culture et la
spiritualité. D’autant aussi qu’en avançant sur le chemin – c’est précisément sa magie selon
certains, sa grâce comme d’autres en témoignent – les questions existentielles peuvent se
poser et la recherche spirituelle se déclencher, auxquelles la foi chrétienne apporte ses
réponses irremplaçables. Voyons à partir de quelques traits caractéristiques du Chemin
comment cette proposition de l’Évangile se fait et peut continuer de se faire.

Un chemin de liberté

C’est avant tout un chemin de liberté. On y vient car c’est un itinéraire où l’on est libre. On va
où l’on veut, à son rythme, on s’arrête quand on veut. Ce sentiment exprime tout à fait la
mentalité actuelle où l’on revendique sa liberté à tout prix. Nous sommes en effet dans une
société européenne qui a énormément développé le sens de l’autonomie personnelle et de
la liberté de chacun avec son versant négatif, celui de l’individualisme. Ce qui motive
aujourd’hui, c’est vraiment de pouvoir réaliser ses envies, ses désirs. L’expression « j’ai envie
» revient souvent dans les motivations des marcheurs du Chemin.

Ce qui est intéressant à noter, c’est que la recherche de cette liberté ne se confond pas avec
l’anarchie comme dans d’autres réalités de la société actuelle. Il y a un certain nombre de
valeurs que les marcheurs mettent en pratique : par exemple, le respect de l’autre et des
lieux (laisser le gîte propre), la volonté que chacun trouve une place, la convivialité et la
chaleur humaine dans les relations soit sur les parcours soit dans les étapes.

La première attitude pastorale va donc de soi.
L’Église catholique ne cherche pas à s’accaparer le Chemin, même si la source fondamentale
de celui-ci reste chrétienne. D’autant qu’en France, l’Église catholique, pour la majorité de
l’opinion publique, n’a pas une image positive et suscite une certaine méfiance. Il est à noter
que la situation est différente : en Espagne, l’esprit pèlerin semble prédominer, c’est un
chemin de chrétiens qui accueille des non-chrétiens. En revanche, en France, on parle surtout
d’un chemin de randonnée (le GR 65) qui accueille des chrétiens.

L’Église ne tient pas à canaliser, centraliser, récupérer quoi que ce soit. Nous rejoignons là
une des convictions que nous, évêques, avons affirmées dans notre Lettre aux catholiques
de France, parue en 1996. Nous sommes à l’aise dans la société française actuelle, marquée
par la laïcité et le pluralisme. Nous respectons les convictions de chacun et ne cherchons à
régenter personne. Et le fait que nous exprimions nos convictions ne signifie pas que nous
prétendions les imposer.

Qui dit société pluraliste dit société interreligieuse. Nous acceptons cette situation, tout en
discernant que, parmi la diversité des spiritualités et des recherches spirituelles, le meilleur et
le pire co-existent.


Le Chemin permet aussi de se mettre en route

C’est-à-dire, au sens figuré, de sortir de soi, de quitter des habitudes, de dépasser
l’existence ordinaire.
C’est la fameuse parabole d’Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des Hommes. « Quand
passent les canards sauvages à l’époque des migrations, ils provoquent de curieuses marées
sur les territoires qu’ils dominent. Les canards domestiques, comme attirés par le grand vol
triangulaire amorcent un bond inhabile… Voilà que, dans cette petite tête dure où circulaient
d’humbles images de mares, de vers, de poulaillers, se développent les étendues
continentales, le goût des vents du large et la géographie des mers » (Éd. La Pléiade).

On peut dire qu’après des siècles de sédentarité, les Occidentaux redécouvrent la mobilité et
l’itinérance. Les migrations touristiques en fournissent par ail-leurs une illustration frappante.
Durant les premiers siècles de l’Église, les chrétiens se sont mis en route vers Jérusalem,
puis le pèlerinage de Rome est devenu de plus en plus important. Depuis mille ans, avec des
périodes de splendeur et d’abandon, le Chemin de Compostelle a également pris sa place.
Mais elle est tout à fait originale car, parmi tous les pèlerinages chrétiens actuels, le «
Camino » est vraiment unique, puisque les pèlerinages de Rome, de Jérusalem ou de
Lourdes ne s’accomplissent pas à pied.
Ainsi le « Camino » est, en quelque sorte, le symbole de la vie humaine, comme l’expriment
les évêques du Chemin dans leur lettre pastorale du 24 juillet 1988…

Étymologiquement le mot pèlerin signifie le voyageur, celui qui passe, c’est-à-dire l’étranger.
Et souvent l’étranger dérange, car il est différent. Comment les sédentaires vont-ils donc
l’accueillir ?

La qualité de l’accueil est essentielle. Il y a, bien entendu, l’accueil sur le plan matériel et sur
le plan culturel. Ce dont je veux parler, c’est l’accueil chrétien. Il doit être tout à fait
désintéressé, mais réel. Tous les témoignages écrits ou oraux l’expriment avec conviction. Là
où une présence chrétienne est explicite, la formulation de la recherche spirituelle et de la foi
chrétienne est explicite. Si les marcheurs sont traités en simples randonneurs, ils se
comporteront comme randonneurs. S’ils se sentent accueillis en pèlerins, ils réagiront en
pèlerins. Ils parlent d’ailleurs avec émotion et chaleur humaine de lieux chrétiens qui les ont
marqués : la communauté des moines de Conques, le couple d’Estaing, les religieuses de
Vaylats, les prêtres et les laïcs de Lectoure et de Navarrenx, etc. Ces accueils sont de plus en
plus animés par des prêtres, des religieuses, des laïcs. Ainsi est donnée une image réelle de
l’Église, comme corps du Christ où chaque membre joue son rôle.
Cet accueil chrétien explicite se développe, car il permet aux sédentaires de goûter le
passage des pèlerins sur les plans de la relation humaine, de l’échange culturel, du partage
spirituel dans la réciprocité. Et ce brassage, nous ne pouvons pas encore en mesurer les
effets pour une nouvelle vitalité de la foi chrétienne et de la vie en Église. Il commence à
peine.

C’est un chemin de guérison possible

Chacun de nous porte ses blessures et chacun cherche à les guérir. Le Chemin permet ainsi
de retrouver un certain équilibre de vie. À commencer par les bienfaits de la marche, sur le
plan physique comme sur le plan mental et spirituel. Le bienfait de la marche à pied est
aussi le bienfait de la mar-che de l’esprit, en quelque sorte.

Il peut y avoir une réconciliation avec soi-même, la marche facilitant un certain
ressourcement physique et intérieur. C’est une aventure à taille humaine dans laquelle on se
lance. Elle permet de se désencombrer, alors que nous nous sommes créés trop de besoins
artificiels.

Il peut y avoir aussi la reprise d’un contact avec la nature. Beaucoup de citadins vivent dans
un univers artificiel et ils ont besoin de réagir contre l’enfermement urbain.

Le Chemin facilite un certain accomplissement, un certain épanouissement de soi. Mais cette
aventure ne se fait pas au détriment des autres, en marchant sur les autres, à la différence
de la plupart des situations professionnelles. Elle permet de se pacifier soi-même et de
développer une relation de paix avec les autres marcheurs.

Bref, le Chemin – c’est l’expérience de beaucoup – permet une renaissance de soi ou une «
nouvelle naissance », au lieu de rester étranger à soi, une renaissance à sa véritable identité.

Ainsi le Christ peut-il être explicitement proposé, lui « qui est venu guérir et sauver tous les
hommes ». Certes, il importe d’abord de beaucoup écouter avant de proposer le témoignage
de sa propre foi au moment opportun, d’écouter les personnes exprimer leurs appels à la
vraie vie, au-delà des besoins vitaux indispensables. La vraie vie pouvant se définir par « la
soif d’eau vive ».

Mais, après le temps de l’écoute, vient celui de l’annonce ou du témoignage. Car il y a une
demande souvent inconsciente et s’il est important d’écouter, il est important aussi de
répondre à l’attente. D’autant que les passants l’expriment plus facilement que les
sédentaires, puisqu’ils savent qu’ils ne reverront pas leur interlocuteur. Ils se sentent plus
libres pour poser des questions de fond. Il est indispensable que des lieux d’accueil
s’affichent vraiment comme chrétiens, sans prétention je le répète. Viendra qui voudra dans
ces accueils pour une écoute spirituelle, un temps d’échange et éventuellement de
célébration. Il ne s’agit pas de prosélytisme, il s’agit de répondre aux appels, d’autant que si
l’être humain est un animal religieux, il n’est pas spontanément évangélique.

Le témoignage explicite est essentiel. Ainsi une Parisienne qui a fait Kathmandou en 1968 :
par le simple fait d’entendre un couple belge dire le chapelet, vingt mètres devant elle, a
redécouvert la foi chrétienne et est désormais membre d’une petite communauté parisienne
qui se réunit le dimanche soir.

Reconnaître l’attente spirituelle, ce n’est pas récupérer, ni contraindre la liberté du marcheur.
Plusieurs témoignages m’ont été donnés que les marcheurs ordinaires, même s’ils n’ont pas
de liens réguliers avec l’Église catholique, aiment, par exemple, qu’on les bénisse à la fin
d’une messe. Ainsi m’a-t-on dit que la bénédiction à Roncevaux en trois langues ravit les
Français.

L’Évangile nous fournit ici une pédagogie de la proposition jamais dépassée. Particulièrement
Jean, 1, 35-39. Le Christ pose la question à deux disciples de Jean-Baptiste : « Que
cherchez-vous ? » et après leur interrogation : « Où demeures-tu maître ? », il leur répond : «
Venez et vous verrez ». La foi chrétienne est avant tout l’accueil du Christ ressuscité et une
rencontre avec Lui. Peu à peu, au fur et à mesure que cette recherche s’approfondit et que la
présence est accueillie, il y a comme un basculement chez les chercheurs de Dieu. Ils se
rendent compte que, si, au départ, ils pensaient chercher Dieu, ils découvrent que c’est Dieu
qui les cherche. Progressivement, ils mettent leurs pas dans les pas du Christ. Être chrétien,
c’est vivre pour le Christ et le suivre jusqu’à trouver sa plénitude.

Quelques moyens semblent peu à peu être mis au point pour cette proposition du Christ :
ldes églises ouvertes ;
ldes messes priantes dans un climat cordial ;
ldes rencontres détendues autour d’une table (l’accueil des religieuses de Vaylats est réputé
pour la qualité de la soupe et des échanges) ;
lun document simple qui présenterait l’essentiel de la démarche chrétienne ;
ldes sites d’écoute sur Internet (à Lourdes, 45 000 demandes sont ouvertes sur le web
d’information et de prière) ;
ldes liens à créer entre les passants et les sédentaires ;
ldes confréries qui permettent aux anciens pèlerins de se retrouver. Il est en effet important
de proposer des liens ou de les renouer avec la paroisse.

Un directeur de pèlerinage, dont je n’ai jamais oublié la boutade, m’a dit, il y a bien
longtemps : « La foi au Christ rentre par les pieds ! ». Il est bien vrai que le Christ est le
Chemin, la Vérité, la Vie. C’est par lui et lui seul que nous pouvons être guéris de nos
blessures, être sauvés et trouver la plénitude de Dieu comme notre plénitude humaine.
L’affirmation du philosophe Pascal est toujours vraie : « Nous ne connaissons Dieu que par
Jésus Christ et non seulement nous ne connaissons Dieu que par Jésus Christ mais nous ne
nous connaissons nous-mêmes que par Jésus Christ » (Pascal, Pensées 547 et 548).

Le Chemin, enfin, est l’une des expressions du génie européen

Chacun connaît le mot de Gœthe selon lequel la conscience européenne s’est forgée grâce au
pèlerinage de Saint-Jacques. Ce n’est pas sans raisons que le Conseil de l’Europe a déclaré
le Camino comme premier itinéraire culturel, car il contient un patrimoine artistique
considérable, comme le Pape le rappelait lors de sa première venue à Santiago en 1982.

Le Camino a ainsi réalisé entre des races et des peuples différents une mentalité et des
valeurs communes, une solidarité économique et spirituelle qui permet, après les drames de
ces derniers siècles, d’imaginer avec énergie et espérance la construction d’une unique
maison européenne, maison de famille pourrait-on dire.

La beauté peut donc être un chemin de Dieu. D’abord les beautés de la nature que les
citadins redécouvrent, mais aussi les beautés des réalisations artistiques. Comme l’a dit le
cardinal Poupard, en donnant une conférence à l’occasion des 900 ans du cloître de Moissac,
sur la route du Puy : « Le langage de l’art sacré est le message profond du christianisme. Il
se propose sans s’imposer. Il se fait humble car la grâce exclue toute arrogance. C’est le
langage du Magnificat, du serviteur qui se met au service de la beauté, conscient de n’avoir
aucun droit sur elle. La beauté est splendeur et rayonnement, seule sa source la contient en
totalité. La beauté ne s’emprisonne pas, ni ne se retient. Elle n’est la propriété de personne
et se donne à tous ».

Des équipes de bénévoles se multiplient en France, dans des églises, des abbayes et des
basiliques, pour faire découvrir que le Christ révèle la beauté éternelle du Père dans le don
de son Esprit.

Vous ai-je communiqué mon enthousiasme ? En tous cas, je suis de plus en plus persuadé,
dans ma conscience d’évêque, que le succès du Chemin préfigure un nouvel élan spirituel.

Notre Église catholique ne ressemble-t-elle pas parfois à un vieil olivier qui semblait
stérile ?

À un moment donné, il est capable de ressurgir plus verdoyant et fertile que jamais. Grâce à
l’Esprit du Christ Ressuscité, notre Chemin éternel.

+ Bernard Housset
évêque de Montauban
Estella, le 24 juillet 2001.


La discussion

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