| Auteur : Nelly Achlaw |
| Sujet : Re : "tendances" |
| Date : 2002-07-04 00:59:24 |
Allez, mon grain de sel... je n'ai pas sommeil ce soir.
A mon avis, il est parfois utile de distinguer les "tendances" des clercs, et celles des fidèles qui assistent à leur messe; elles peuvent ne pas correspondre, voire jurer.
D'autre part, les instituts séculiers ont à peu près autant de tendances que de prieurés. Cependant, on peut distinguer des grandes familles.
La FSSP est la plus en vue. De la FSSPX elle hérite le refus de la préciosité liturgique (peu de dentelles, pas de franges, de froufrous) qu'elle comble parfois, hélas, par un conservatisme outré ou des positions un peu plus tranchées que nécessaire. J'ai connu des servants de messe lyonnais qui tentaient de me prouver que le rit de St Pie V était le meilleur rit possible, toujours et partout, ce qui est un peu osé. L'héritage lefebvriste d'opposition a été plus cutivé par certains que par d'autres, et c'est ce qui a donné les troubles d'il y a deux ans. D'un côté les "on se soumet à Rome mais on n'en pense pas moins", de l'autre les "Rome n'est peut être pas à 100% immaculée mais il y a plus à en adopter que ce qu'il semble". La spiritualité me semble assez "années 30"; le pélerinage de Chartres, qui est intimement lié à la FSSP renforce cette image néfaste de spiritualité activiste : de bonnes ampoules aux pieds et c'est le Royaume qui rentre. Dans tradiland, la FSSP serait le parti bonapartiste. Son recrutement est pourvu essentiellement par des abbés ou des cercles de la ligne "dure", mais les cadres semblent moins durs. Ce n'est pas de bon augure. Selon les paroisses, l'ambiance change du tout au tout. ND des Armées est conservatrice jusqu'à l'étouffement; à Besançon les choses semblent beaucoup plus calmes et plus simples. Dans certaines paroisses de campagne, c'est du n'importe quoi, et parfois même du gallicanisme ouvert.
Le Christ-Roi : ultramontain en diable. Une attitude très pointilleuse et portée sur la lettre de la liturgie (cf les soporifiques conférences de Mgr Wach sur le sujet) laisserait soupçonner des intégristes farouches. Il n'en est rien! Rome semble bienveillante et tout se passe comme si elle ménageait un espace démilitarisé pour ces fils très-fidèles de l'Eglise, hauts en couleur. L'origine de l'Institut, s'il est dans le conservatisme, ne se fonde pas dans une rupture. Liturgiquement, extérieurement, dans leurs publications, c'est un sentiment de préciosité et de raffinement qui frappe. Les séminaristes que j'ai pu cotoyer sont tous affables, et souvent doués pour le "relationnel", plus sensibles ou artistes que la moyenne de nos chères soutanes. Certains sont de grande valeur, et fort drôles. Dans tradiland, les messieurs de Grici seraient des fils de bonne famille légitimiste en goguette.
Campos : mais qui y a été? Même pas moi alors que 300 km seulement me séparaient d'eux. Alors bon...
Le Barroux : me donne l'impression d'une communauté qui change. Et pour cause, la tradition est chez eux reconstituée. Il y a eu rupture; et cela ne se recompose pas en un trait de crayon. Certaines dispositions de la règle y sont fort austères (abstinence perpétuelle, lever très tôt - héritage de la Pierre-qui-Vire); d'autres plus folkloriques et qui ont fait leur succès auprès des masses (eglise romane, tonsure). Autrefois (il y a 5-7 ans) le Barroux donnait une idée malsaine de croisade, de reconquête, et de nostalgie un rien fanatique. J'ai cru comprendre que cela s'était très nettement adouci et c'est pour le mieux; les moines tradis en général traversent mieux les tribulations, dirait-on. Le Barroux revient de très loin, puisqu'il était très nettement dans le camp des opposants en rupture presque déclarée avec Rome; et semble adapter sa ligne pour le mieux. Seul problème : les fidèles, eux, ne semble guère changer.
Fontgombault et filles : sont les clones aussi parfaits que possible du Solesmes de dom Delatte; c'est à dire l'âge d'or thomiste, monastique et grégorianiste de la célèbre abbaye. Ont la chance inouïe de ne pas avoir eu de rupture de tradition (ou plutôt, pas depuis Dom Guéranger). Fontgombault est fondée et 48 et puise tout son enseignement monastique, très riche, dans les écrits largement inédits de dom Delatte. Il y a là presque toute la Bible commentée, des cursus d'études, de l'histoire de la congrégation, des conférences de spiritualité. Randol puis Triors, Gaussan et maintenant Clear Creek sont des copies conformes de cela, ne différant que par leur site et la personnalité de leurs abbés (j'exagère un peu). Clear Creek ne gardera sans doute pas à terme le côté "vieille france" des abbayes européennes. Liturgiquement c'est le rite de 62 à la monastique (cela veut dire dépouillé , mais nullement amputé. Les fidèles de Fontgombault donnent parfois dans le parisianisme (l'abbaye est à la mode dans certains milieux). Ceux de Randol sont du cru, parfois augmentés de familles qui viennent profiter du village. Il en est de même pour Triors où les fidèles du dimanche viennent des environs; on y compte peu voire pas de lyonnais, par exemple. L'esprit de la maison est de prendre les bonnes choses là où elles sont. Fontgombault n'est donc pas tradi parce qu'il s'agissait de faire la contre-révolution, mais parce qu'un moine de filiation Solesmienne est comme ça, point. La messe de St Pie V n'a d'ailleurs pas été dite par obéissance pendant des années à cause de cela. Tout cela appartient donc à tradiland (dont ils seraient les villiéristes ;-) parce que des chemins se sont croisés, non pas parce que les moines se sont déportés du leur. D'où une certaine bienveillance face à certains phénomènes qui peuvent en surprendre beaucoup ici.
Il y a un vieux hors-série de la Nef, sur "la tradition en France", qui contient les interviews de presque tous les chefs de file de maisons religieuses tradilandaises. Un lecteur sensible saura y discerner bien plus que ce que je dis.
Il faudrait aussi mentionner quelques électrons libres, les moniales de Jouques ou d'Argentan; Flavigny, qui semble instable; voire les dominicains de la province de Toulouse dont certains sont plus que bienveillants.
Une petite note pour ceux qui parlent du "missel de 65" et des monastères bénédictins : ni au Barroux ni à Fontgombault et dans ses filles on ne dit de "messe de 65", qui était d'ailleurs une chose transitoire, la permission - dans l'attente d'une réforme complète - d'omettre certains pans de l'ordo de 62, et d'en prononcer d'autres en vernaculaire. On y dit bel et bien la messe de 62; si on omet les "prières au bas de l'autel" (qui est d'ailleurs chose fort superflue, et qui surcharge), c'est parce que l'office de Tierce en tient lieu, ainsi qu'il a toujours été même avant 62. Venez aux messes basses, messieurs les maîtres en liturgie, (et notamment messieurs les sinistres adflictés), venez à la messe de la vigile de la Pentecôte, où à celle du Jeudi saint, et vous aurez vos prières au bas de l'autel. Que le Barroux adopte les lectures "à la banquette" (ce qui est aussi le cas à Fontg.) découle d'un argument historique parfaitement recevable (voir conf. du P. Emmanuel au colloque du CIEL de je ne sais plus quand, 96 ou 97 sans doute). Faire de tout cela le premier pas sur une pente glissante qui mène à al décadence liturgique, c'est vaiment ne pas voir la poutre dans son oeil, alors que l'on prend plaisir à chanter "ctholique et français toujours", qui est un prodige de bon goût, comme chacun sait.
Nelly - y a-t-il des questions? |
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