Les 123 Palestiniens sont sortis un par un
BETHLEEM (AFP) - L'un embrasse le sol, l'autre agite les bras et salue des femmes voilées, qui crient d'émotion d'une terrasse située juste en face de l'église de la Nativité, à Bethléem.
Un par un, les 123 Palestiniens, retranchés depuis le 2 avril dans la basilique, en sont sortis vendredi, première étape vers l'exil pour 13 d'entre eux.
De la porte basse de l'église, sur la Place de la Mangeoire, où le soleil commence à chauffer, un homme apparaît, accompagné de religieux en noir.
Il emprunte lentement un couloir de barrières métalliques, passe sous un détecteur de métal et lève la tête vers le soleil, après 39 jours passés enfermés dans le complexe de bâtiments assiégé par l'armée israélienne.
L'homme est d'apparence très ordinaire, comme ceux qui suivront, pour monter dans les huit autobus stationnés sur la place. Mais l'armée l'a mis sur une liste de 13 "terroristes" considérés comme très dangereux et qui partiront en exil, à Chypre dans un premier temps, puis dans un pays tiers, selon l'accord laborieusement mis au point entre Palestiniens et Israéliens.
L'un des 13 embrasse le sol une fois passé le détecteur de métal, suivi d'un autre, un peu plus tard. Aucun d'entre eux n'est menotté.
Des dizaines de soldats israéliens, le fusil M-16 à la main, surveillent les sorties et l'embarquement dans les autobus.
Ils ont installé une table avec des bouteilles d'eau et des vivres, mais seul un des Palestiniens acceptera de boire une gorgée d'eau.
Les prêtres et moines font le va et vient pour accompagner les 123, alors que les soldats rappellent à l'ordre les femmes qui crient.
L'un des Palestiniens porte une cravate, un autre un keffieh, alors qu'un troisième emmène avec lui quelques effets dans un sac.
Parmi les 13 condamnés à l'exil figure un blessé à la jambe, Jihad Jaara, qui apparaît, dans un silence total, allongé sur un brancard, le pied bandé.
Dans une rue qui donne sur la place, trois moines bouddhistes, un Ukrainien et deux Japonais, habitués des lieux durant le long siège, chantent des prières pour la paix et frappent sur des tambours.
"Nous avons choisi la manière pacifique" pour résoudre cette crise, explique le général israélien Eyval Guilady, posté sur la terrasse d'un immeuble qui fait face à l'église.
"Nous avons respecté le caractère sacré du lieu, tous les terroristes vont quitter les lieux, et les otages sont libres", ajoute-il dans une allusion à la trentaine de religieux qui sont restés dans l'église durant toute la durée du siège. Ces religieux ont toujours assuré être rester de leur plein gré.
Outre les 13 qui partiront en exil, 26 des Palestiniens doivent être conduits dans la bande de Gaza et 84 devraient être rapidement libérés après un contrôle d'identité par l'armée.
"Nous ne sommes jamais entrés dans l'église et nous n'avons pas l'intention de le faire", ajoute le général Guilady, soulignant l'extrême importance spirituelle et symbolique de la basilique, qui abrite la grotte où, selon la tradition chrétienne, est né Jésus.
Dans la basilique, les Palestiniens, qui y sont entrés alors que l'armée occupait la ville, ont laissé des armes, pour la plupart des fusils d'assaut M-16 et Kalachnikov.
Des experts américains étaient attendus pour collecter ces armes et examiner quelle utilisation en a été faite, explique un officier israélien.
Selon un officier israélien, des dégradations ont été commises dans l'église par les Palestiniens.
Si tel est le cas, l'édifice devra être consacré à nouveau, avait expliqué pendant le siège le père Maroun Lahham, supérieur du couvent de Beit Jala, près de Bethléem.