LE MARTYRE, ACTE SUPREME DE LA VERTU DE FORCE
Le martyre (du grec " marturion " qui veut dire témoignage) consiste dans l'acceptation volontaire de la mort violente afin de donner témoignage de sa foi.
Il est l'acte le plus éminent de la vertu de force. En effet, il s'agit d'un acte de l'espèce " sustinere ", supporter, car le martyr est celui qui souffre ou supporte l'agression mortelle. En plus, cet acte s'exerce dans le péril le plus extrême car il s'agit bien d'un danger de mort. Finalement le motif qui pousse à l'acte de force dans le martyre est le plus noble qui soit : rester fidèle à la Foi, servir Dieu et la patrie, voilà les deux uniques services qui en vérité peuvent justifier de s'exposer à la mort ; mais il est évident que le service de Dieu est plus noble et excellent que le service de la patrie, car la patrie elle-même est ordonnée à Dieu.
Le martyre est formellement un acte de la vertu de force ; le Catéchisme nous le rappelle au n°2473. " Il supporte (le martyr) la mort moyennant un acte de force ". Cependant d'autres vertus ont aussi un rôle important dans le martyre ; ainsi la charité joue le rôle de vertu " motrice " du martyre, et la foi quant à elle aurait un rôle de " cause finale ".
De façon classique on énumère une série de conditions nécessaires afin qu'on puisse parler d'acte de martyre. Voyons-les brièvement :
1.- Il faut d'abord pour qu'on puisse parler de martyre que quelqu'un ait subi vraiment la mort corporelle. C'est ainsi que ceux qui ont subi des grandes tortures pour le Christ mais qui n'en sont pas morts ne sont pas des martyrs au sens propre du terme.
2.- Il faut aussi que la mort violente ait été infligée en haine de la foi chrétienne. Ici il faut noter que l'exercice des vertus chrétiennes peut être compris aussi comme une sorte de proclamation de la vraie foi et c'est pourquoi la défense d'une vertu chrétienne peut aussi conduire au martyre ; par exemple l'Eglise vénère comme martyre Ste Maria Goretti, qui a été tuée non pour la défense directe d'un article de la foi, mais pour la défense de la vertu de pureté.
A ce sujet il est bon de remarquer qu'on ne peut pas parler de martyre dans les cas de personnes mortes pour la défense de vérités d'ordre naturel (p.ex. par fidélité à une vérité mathématique, ou des sciences de la nature), ou de causes humaines, si nobles soient-elles. Encore à plus forte raison on ne peut absolument pas parler de martyre dans le cas de l'hérétique qui meurt dans la défense de son hérésie, c'est pourquoi il est abusif d'appeler martyrs Jan Hus, ou Wiccliff.
3.- Enfin il faut que la mort soit infligée, et qu'elle soit acceptée volontairement. La première partie de cette affirmation implique que le suicidé ne peut jamais être un martyr, même s'il se donne la mort pour la sauvegarde de la foi ou des plus grandes vertus chrétiennes. La raison est que le suicide est quelque chose de gravement illicite, et la fin, si noble soit-elle, ne peut jamais justifier une chose intrinsèquement mauvaise. Par rapport à l'acceptation volontaire, il est évident que sans elle nous nous trouverons devant un crime, une injustice, un malheur, mais pas devant un acte de vertu, car là ou il n'y a pas de volonté il n'y a ni moralité ni mérite.
Pour terminer notons brièvement les extraordinaires effets du martyre : le martyre subi pour Dieu entraîne le pardon de tous les péchés ; il remet aussi toute la peine temporelle qui leur est due, et il ouvre les portes du Ciel.
A propos de la vertu de Force, sur le site Serviam, http://www.serviam.net/force.html