UNE MÉDITATION DU TRÈS SAINT ROSAIRE
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I. MYSTÈRES JOYEUX
1. L’Annonciation
(fruit du mystère : l’humilité)
Dans un petit logis, à l’orée de la ville,
Une très jeune fille, occupée à prier,
Se retourne, apeurée, et demeure immobile :
Un être, sur le seuil, se tient agenouillé.
« Je vous salue, Marie », dit l’ange Gabriel
Avant que d’exposer l’objet de sa visite.
L’adolescente écoute, se rassure et, bien vite,
Accueille simplement la Divine Étincelle.
Son merveilleux Fiat nous vaut un Rédempteur,
Car cette fille d’Ève, chef-d’œuvre de douceur,
Était prédestinée à Lui donner naissance.
Pour l’Incarnation, Yahvé l’a façonnée
En sorte qu’elle soit conçue sans le Péché
Et, par l’Esprit, devienne vivante Arche d’Alliance.
2. La Visitation
(fruit du mystère : la charité fraternelle)
La vieille Elisabeth, enceinte de six mois,
Embrasse sa cousine venue pour l’assister.
Le salut de Marie lui cause de la joie,
Et l’enfant qu’elle porte en est tout agité.
Elle reçoit ainsi la révélation
Du sort de cette Femme dont les chastes entrailles
Portent l’espoir des hommes dans l’immense bataille
Qui doit lever, d’Adam, la malédiction.
Le Précurseur, en elle, se trouve justifié
Pour annoncer l’Agneau d’une âme purifiée
Et verser sur Son Front l’eau sainte du Jourdain.
Marie, à ses louanges, répond Magnificat,
Sommet de tous les psaumes, prière délicate
Prouvant que l’Emmanuel est bien en Son jardin.
3. La Nativité
(fruit du mystère : le détachement des créatures)
Les auberges refusent du monde à Bethlehem,
Où Joseph et Marie vont au recensement.
De la gestation, voici venu le terme.
Voici venu aussi le temps du dénuement.
Dans cette pauvre étable, à défaut de palais,
Marie s’étend, bien lasse, et le Miracle a lieu :
Un nouveau-né paraît, serein et radieux,
Qu’elle revêt de langes et nourrit de son lait.
Des bergers, assemblés, pressentent le Mystère
En voyant une étoile et sa vive lumière
Éclairer le décor de leur humble existence.
Au cœur de ce désert, en cette nuit glaciale,
S’ouvre sans tintamarre la voie neuve et royale
Du rachat qu’a promis la Divine Puissance.
4. La Présentation de Jésus au Temple
(fruit du mystère : la pureté de cœur, l’obéissance)
La Vierge, bien que pure comme son premier-né,
Est tenue par la Loi de le porter au Temple,
Et Joseph, son époux, vient de les y mener.
Le vieillard Siméon, se taisant, les contemple.
Attiré malgré lui, il s’approche, hésitant,
Du nourrisson perdu dans le grand sanctuaire.
Puis, il saisit l’enfant d’un geste visionnaire
Et Le tend vers le Ciel tout en prophétisant.
À grands traits, il prédit le destin du Messie,
Ses travaux salutaires, Ses épreuves aussi,
Et le glaive cruel qui percera Sa Mère.
Jésus doit être un signe de contradiction
Parce que Sa grande Oeuvre, l’ardue Rédemption,
Ne sera reconnue que des fils de Lumière.
5. Le Recouvrement de Jésus au Temple
(fruit du mystère : la recherche de Dieu en toutes choses)
Au retour de la Pâque, on a l’âme légère.
Joseph croit que Jésus accompagne Marie,
Qui pense que l’enfant chemine avec son père,
Et tous deux, séparés, voyagent sans souci.
Au bivouac, atterrés, ils ne retrouvent pas
Celui que, chaque jour, ils comblent de leurs soins.
On le cherche partout, on fouille les recoins.
Le glaive prophétique se fait sentir déjà…
Ulcérés par l’absence de leur trésor suprême,
Ils reviennent ensemble jusqu’à Jérusalem,
Et, le troisième jour, enfin ! ils le revoient
Qui, au milieu du Temple, siège avec les docteurs.
Marie lui faisant part de sa grande frayeur,
Jésus répond qu’à Dieu, avant tout, il se doit.
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II. MYSTÈRES DOULOUREUX
1. L’Agonie de Jésus au jardin des oliviers
(fruit du mystère : la contrition de nos péchés)
Ses disciples, couchés, sommeillent à l’écart,
Ignorants de la lutte qu’Il a, seul, à livrer.
Prostré dans les ténèbres, Il vit un cauchemar
Tel qu’aucun romancier ne pourrait le narrer.
Assailli de visions abjectes, abominables,
Il prend sur Lui, le Saint, les infamies du monde,
Nos méfaits les plus minces comme les plus immondes
Qui sont tous, à Ses yeux, des affronts innommables.
Il sait ce qui L’attend. De détresse, Il chancelle.
De sanglante sueur, son corps entier ruisselle.
Sa Passion est là, qu’Il ne veut éluder.
Un ange Le secourt, et Il reprend courage
Pour affronter l’horreur et achever l’Ouvrage.
Au loin, quelques lueurs... Ils ne vont plus tarder.
2. La Flagellation
(fruit du mystère : la mortification des sens)
Un soldat Le dépouille, Lui attache les mains
En haut d’une colonne, devant la populace.
Des bourreaux chevronnés, deux solides Romains,
Officient tour à tour, précis et efficaces.
La violence est folle, et la souffrance aiguë.
Sa peau, fragilisée par la sueur de sang,
Éclate sous les coups multiples et puissants.
Les lanières de cuir lacèrent Son corps nu.
Le grand Nazaréen supporte sans broncher
Ce déluge de plomb. Il s’abstient de flancher
Pour que les prophéties anciennes s’accomplissent.
Les deux brutes en nage, sans la moindre vergogne,
N’arrêtent qu’à cent coups, tout cramoisis de trogne,
Puis délient la victime, dont d’autres se saisissent…
3. Le Couronnement d’épines
(fruit du mystère : la mortification de l’amour-propre)
Ce n’était pas assez de Le mettre au supplice,
Encore faut-il railler le Juste pantelant :
« Il se dit roi des Juifs ? Allons, point d’avarice !
D’un vieux manteau de pourpre, faisons-lui le présent !
Mais, faute de couronne, sur quoi règnerait-il ?
Ce jujubier, là-bas, fera très bien l’affaire ! ».
En couper une branche est besogne légère,
Et la tresser en tiare également facile.
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Son sceptre ? Un vil roseau. Ses hommages ? Des coups.
Les épines, en Sa chair, préfigurent les clous.
Le sang marbre Sa Face, la voile par endroits.
Comment donc ces païens pourraient-ils se douter
Qu’ils consacrent ainsi, fût-ce pour se moquer,
Le culte que toute homme doit dédier au Christ-Roi ?
4. Le portement de la Croix
(fruit du mystère : la patience dans les épreuves)
Le bois mal équarri Lui racle les épaules,
Il essuie les crachats, les quolibets, la haine.
Fidèle aux Écritures, Il doit jouer Son rôle,
Se laisser injurier, vouer à la géhenne.
Soudain, Il voit Sa Mère, transpercée de douleur…
Échangeant des regards pleins d’Amour désolé,
Ils sont en communion, les deux Immaculés,
Îlots de sainteté entourés de fureur…
Soulagé par Simon, Il redresse le torse
Et, soucieux d’aller jusqu’au bout de Ses forces,
Repart en surmontant Son pitoyable état.
Il tombe et se relève sur le rugueux chemin,
Il titube, Il trébuche et aperçoit enfin,
Au détour d’une rue, le sombre Golgotha.
5. Le Crucifiement
(fruit du mystère : le don de soi à l’œuvre de la Rédemption)
Dévêtu en public, blessé dans Sa pudeur,
Le voici crucifié, l’Agneau si doux, si tendre.
Il n’est plus que disgrâce, meurtrissure et malheur,
Parce qu’un peuple dur n’a pas voulu L’entendre.
Plus bel Enfant des hommes, Il pend, défiguré,
Abandonné des Siens, abreuvé de blasphèmes.
Il s’adresse à Marie, qui se tient digne et blême,
Et lui donne pour fils l’apôtre préféré.
Ces mots, ce Sacrifice font des hommes Ses frères
Et rachètent tous ceux qui, en Son Nom, espèrent.
Il peut mourir en paix, car « tout est consommé ».
Au Temple, le rideau se déchire et frémit.
Le sol tremble et se fend, afin qu’en ses replis,
De l’Alliance de Sang, la graine soit semée.
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III. MYSTÈRES GLORIEUX
1. La Résurrection
(fruit du mystère : la Foi)
Au tréfonds du Sépulcre, le Miracle se trame.
Des gardes postés là depuis avant-hier
Voient soudain devant eux une aveuglante flamme
Auréoler de blanc la ronde et lourde pierre.
Sentant le sol bouger, ils s’enfuient, effarés.
Puis, Marie-Madeleine, porteuse d’aromates,
Rencontre son Aimé, fait demi-tour en hâte
Et revient avertir les disciples terrés.
Simon et Jean, saisis de fébrile espérance,
Courent à perdre haleine, oubliant la prudence
Que leur a inspirée la terreur de la Croix.
Le plus jeune des deux arrive bon premier,
S’arrête sur le seuil, observe, émerveillé,
L’affaissement des linges… Il comprend et il croit.
2. L’Ascension
(fruit du mystère : l’Espérance)
Après quarante jours de vraie félicité
Passés à écouter l’Émissaire de Dieu
Reprendre Ses leçons, éclairer leur piété,
Voici, hélas ! qu’Il va les laisser en ce lieu.
Interdits et peinés, ils se pressent là-haut
Parmi les oliviers, au-dessus de la Ville,
Où s’achève à présent le tout premier concile.
L’âme rassérénée de quelques mots très beaux
(« Je serai avec vous jusqu’à la fin des temps »),
Ils savent que l’Esprit, à l’un ou l’autre instant,
Viendra pour leur donner la force de prêcher.
Bénissant Ses évêques, le Fils de l’Éternel
S’enlève dans les cieux de ce monde infidèle
Dont il a racheté l’originel péché.
3. La descente du Saint-Esprit sur les apôtres
(fruit du mystère : le zèle apostolique)
Au Cénacle où, ensemble, ils évoquent le Maître,
Unis avec Sa Mère, qui leur parle de Lui,
Une saute de vent ouvre en grand les fenêtres
Et, impérieusement, parvient à forcer l’huis.
Un globe incandescent, moiré d’argent et d’or,
Vient planer sur Marie, puis, faisant un périple,
Se scinde en onze flammes pour chacun des disciples :
C’est le Souffle Sacré, qui les pousse au dehors.
Là, joyeux, rayonnants, tout emplis de courage,
Ils attroupent des gens et publient le Message
Dans les plus grandes langues, les plus petits sabirs.
On les traite de fous, mais beaucoup les questionnent.
Certains disent entre eux « Cette parole est bonne ».
L’Église vient de naître, qui ne peut pas mourir.
4. L’Assomption
(fruit du mystère : la grâce d’une bonne mort)
Il a cessé de battre, le Cœur brûlant d’amour
De celle qui nous a procuré un Sauveur.
On l’a mise au tombeau et pleurée en ce jour,
Mais on ne connaît pas le plan du Créateur.
La nuit, deux séraphins, dépêchés par le Ciel,
Ôtent la lourde dalle d’un mouvement discret,
Et la Reine des anges, portée par ses sujets,
Gravit le firmament dans un bruissement d’ailes.
Son trépas apparent n’est que dormition,
Car il faut épargner toute corruption
Au corps si pur, premier de tous les tabernacles.
Déjà, les voix célestes font entendre leurs chœurs
Et réveillent Marie de sa douce torpeur
Tandis que, lentement, approche le pinacle.
5. Le Couronnement de la Vierge Marie au Ciel
(fruit du mystère : une vraie dévotion à Marie)
Chérubins et archanges entonnent au passage
Des chants d’une splendeur sans égale sur terre.
Bienheureux et martyrs adressent leurs hommages
À la Sainte qui va régenter l’univers.
Plus loin, elle aperçoit le Christ en Majesté
Tenant haut devant Lui une triple couronne
Destinée à sacrer l’ineffable Madone
Investie de sagesse, puissance et charité.
Vêtue d’astres ardents, de constellations,
Elle reçoit l’insigne de sa distinction
Sur le trône en diamant où on l’a fait asseoir.
Regardant à ses pieds, elle voit Nazareth
Où tout a commencé et qui, seule, reflète
Un minuscule éclat de l’Éternelle Gloire.
Ad Majorem Dei Gloriam
Strasbourg, le 6 Août 2001,
en la fête de la Transfiguration.