Berlusconi et son "armée de prostituées"
Le président du conseil italien, Silvio Berlusconi, a présenté, début janvier, "l'armée de prostituées qui sévissent" en Italie comme un "scandale national". Modérant ces propos, la ville de Venise a approuvé la création d'un "quartier chaud" où les prostituées pourront exercer le plus vieux métier du monde, sans risque de scandaliser la population. "Au lieu de harceler ces femmes, nous pouvons les convaincre gentiment d'aller dans des quartiers moins fréquentés", a expliqué Beppe Caccia, maire adjoint de Venise chargé des affaires sociales. Reste pour la municipalité à déterminer la zone à réserver à la prostitution, légale dans la cité des Doges.
M. Berlusconi estime que l'Italie devrait légaliser les maisons closes pour éradiquer la prostitution sur la voie publique. Les prostituées, originaires d'Europe de l'Est et d'Afrique, sont entre 50 000 et 70 000 en Italie, racolant principalement le long des routes nationales. Sa suggestion a rencontré, selon un sondage effectué par l'institut Datamedia pour l'hebdomadaire Gente, 66 % d'opinions favorables dans la Péninsule. Et soulevé un tollé auprès de l'Eglise catholique.
"Les partis politiques, pour capter les votes des clients, sont disposés à légaliser la prostitution", a jugé le Père Oreste Benzi, un prêtre de l'association Pape Jean XXIII, connu pour son engagement en faveur des prostituées. Il a qualifié l'idée de Silvio Berlusconi de "proposition obscène et injuste". Le Père Benzi s'est dit convaincu que les "bordels ne seront pas légalisés", estimant que "l'Etat ne pourra pas contrôler l'appétit sexuel des dix millions de clients".
Pour lever toute réticence, le président du conseil a reçu dans sa résidence privée à Rome le Père Benzi, accompagné de deux anciennes victimes de réseaux. "Il a été bouleversé et ému jusqu'aux larmes par le récit de ces deux jeunes femmes", a rapporté le Père Benzi à l'issue de cette rencontre, précisant que le premier ministre avait donné à chacune, en raison de leur extrême pauvreté, une enveloppe contenant plus de 2 500 euros. Si le charitable M. Berlusconi a affirmé avoir "des filles du même âge", son geste, certes symbolique, pourrait donner lieu à interprétation.
Marlène Duretz