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Quel dialogue interreligieux ? Imprimer
Auteur : Mgr Bernard Panafieu
Sujet : Quel dialogue interreligieux ?
Date : 2002-01-21 18:51:06


Quel dialogue interreligieux ?

Réflexion de Mgr Bernard Panafieu,
président du comité épiscopal pour le dialogue
interreligieux





dans


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À la lumière des événements tragiques qui viennent de bouleverser notre monde et alors
que le terrorisme a trouvé son terreau dans le fanatisme religieux, je voudrais exprimer
quelques convictions qui devraient habiter, me semble-t-il, tous ceux et celles qui se
réfèrent à l'Évangile du Christ :

Le dialogue interreligieux fait partie de l'identité chrétienne, il s'enracine dans notre foi au
Dieu Trinité. Dieu est dialogue et communion. L'Église se fait écoute et partage. Lorsque
nous rencontrons des croyants d'autres religions non chrétiennes, nous ne mettons pas un
masque, nous ne taisons pas la foi qui nous fait vivre. Nous nous manifestons avec notre
singularité, à la fois démunis et riches de la force de l'Évangile, comme au XIIIe siècle,
François, le pauvre d'Assise, se présentait devant le sultan. Nous exprimons ce que nous
avons reçu dans la révélation de Jésus, Christ et Seigneur. Nous ne renions pas ce que nous
sommes. Nous ne cédons ni au relativisme ni à l'irénisme. Nous nous situons sans naïveté,
mais en toute vérité et loyauté, persuadés que la rencontre de l'autre peut être un
enrichissement de la connaissance et un approfondissement de notre propre foi.

Nous avons conscience qu'en Europe dont l'histoire est marquée, fut-ce en creux, par la
tradition judéo-chrétienne, nous avons comme mission spécifique puisée aux sources de
l'Évangile d'accueillir et de révéler, par notre parole et notre action, le visage d'un Dieu
d'Amour qui, en Jésus-Christ, épouse notre histoire et donne à chaque homme une
dimension sacrée. Nos contemporains cherchent des sources fraîches pour étancher leur soif.
Ne leur proposons pas les eaux de citernes. Vivre le dialogue avec les autres religions, c'est
donc nous laisser renouveler en notre propre foi en la Trinité de Dieu et l'unicité du salut en
ésus Christ, nous laisser irriguer de sa Parole et de ses sacrements, vivre intensément la
communion de l'Église dans son universalité. C'est à la fois " dialoguer et annoncer ".

Comme l'écrit Jean-Marc Aveline : " Dans toute rencontre interreligieuse, il importe donc de
se souvenir que, lorsque les chrétiens parlent de Dieu, ils parlent de Celui qui s'est
communiqué lui-même, qui s'est donné, qui s'est engagé, qui s'est livré pour nous en
Jésus-Christ, un Dieu trinitaire qui s'est révélé à travers son action dans l'histoire des
hommes, et dont l'engagement culmine en son Fils Jésus Christ, notre Seigneur, mort et
ressuscité, afin d'ouvrir à tout homme la voie de la vie et de la vérité, l'invitant à communier
à sa propre vie trinitaire et à coopérer à son œuvre de salut. Ce n'est qu'en prenant acte de
cela que l'on pourra comprendre l'originalité de l'Église et de sa mission ".[1]

Toutes les religions drainent leur lot d'ambiguïtés. Porteuses de valeurs humanistes, elles
peuvent aussi secréter la violence. Le fanatisme religieux est une perversion de la religion.
Si, dans le cœur de certains croyants, l'adhésion à la Vérité peut générer des graines de
violence, il faut que les responsables religieux aient le courage de condamner et d'éradiquer
ces pousses malsaines, en même temps que de prendre courageusement la tête de la
caravane pour aider leurs frères à vivre leur foi dans le respect des autres et la volonté
d'ouvrir des chemins de rencontre et, si nécessaire, de réconciliation. En effet, il y a urgence
à développer un authentique dialogue interreligieux pour éviter que ne se dévalue l'identité
des "religions à révélation" dont la prétention à l'universalité et à la vérité est fortement
questionnée par l'intolérance qu'elles semblent engendrer. Les religions institutionnelles
risquent d'être renvoyées dans les bas-fonds de l'obscurantisme et du fanatisme et, par un
retournement de leurs propres convictions, considérées comme des foyers potentiels, réels
ou latents de violence. Le christianisme mal vécu n'échappe pas à cette analyse : tout
fanatisme religieux qui se manifeste, fut-ce dans le coin le plus obscur du globe, peut
contaminer les autres religions révélées, les faire considérer comme des vecteurs de haine
et les entraîner, à leur insu, dans une vision manichéenne de l'histoire. En ce sens, en
Europe, nous souhaitons faire la clarté avec nos amis d'autres religions sur deux points
préalables à tout dialogue :

D'abord acceptons-nous le principe de la liberté de conscience et donc la capacité de chaque
personne à choisir sa religion, qui est un des principes fondamentaux des droits de l'homme
? J'admets qu'il s'agit pour certains d'un dépaysement culturel profond et que, comme l'écrit
un philosophe musulman, " la migration des idées est nécessaire pour éviter le clash des
civilisations. Je demande aux occidentaux un effort d'intelligence de l'autre " [2]. Nous
sommes prêts à le faire, mais je maintiens que le dialogue entre religions nécessite la clarté
sur cette question essentielle de la liberté de conscience des personnes, hommes et
femmes.

Sommes-nous prêts à lutter pour que dans tous les pays et singulièrement ceux à structure
théocratique, soient respectées les minorités religieuses, leur liberté et les moyens de
pratiquer leur religion, en même temps, que leur soient reconnus les mêmes droits et
devoirs que les autres citoyens ? " Nous sommes très sensibles aux souffrances de nos
frères chrétiens et de ceux qui voudraient le devenir, en certains pays où ils se trouvent
marginalisés comme citoyens ou comme croyants ". [3]

Même si nous ne nions pas l'existence de réseaux religieux terroristes qui entretiennent la
terreur et qu'il faut impérativement démanteler, l'intégrisme religieux n'est-il pas aujourd'hui
le paravent commode camouflant d'autres raisons plus profondes et moins avouables qui,
sans les justifier, donnent des clés d'analyse des attentats du 11 septembre 2001 ? J'en
note deux sur le mode interrogatif.

La disparité économique entre des pays occidentaux repus de biens de toutes sortes qui
leur donnent une apparence paradisiaque et des pays où règnent la misère, la
sous-alimentation, l'absence de scolarisation et de soins médicaux élémentaires, ne
crée-t-elle pas des frustrations qui engendrent le ressentiment à l'égard des nations de
l'Ouest, et singulièrement des USA, et provoquent la violence du désespoir ? Dans le même
temps, en voyant des pays particulièrement pauvres, équipés d'un armement sophistiqué,
comment ne pas se poser la question du commerce des armes alors que notre pays
lui-même est un des principaux exportateurs ? Les Églises chrétiennes, si elles veulent
cultiver la rencontre et le dialogue en vérité, ne doivent-elles pas s'engager résolument dans
le combat contre la pauvreté et l'ignorance en demandant la remise des dettes aux pays
pauvres, en luttant contre la course aux armements et la corruption à tous les niveaux de
responsabilité, en soutenant les projets de promotion dans le domaine de l'éducation, de la
culture, de la santé ? C'est ainsi que le " Secrétariat français pour les relations avec l'islam "
déclarait, le 24 septembre dernier : " Au nom des lois du marché, des nations entières se
sentent menacées par une mondialisation qui ébranle leurs économies fragiles. C'est cette
situation, et non une réflexion religieuse préalable qui suscite l'hostilité et l'indignation de
millions d'êtres humains. Les cibles frappées à New York et Washington l'expriment
clairement : ce ne sont pas des symboles religieux, mais les centres de la puissance
militaire et commerciale des États-Unis. C'est à ce niveau que doit porter le questionnement
de chacun d'entre-nous… Il faut éradiquer les réseaux terroristes, mais cela ne fera pas
disparaître les problèmes de tant de personnes dans le monde, ni leur soif de dignité et de
progrès. La paix n'est que le fruit de la justice " [4].

La seconde question, je l'emprunte au président de la République française dans son
discours à l'Unesco, du 15 octobre dernier : " L'Occident, disait-il, a-t-il donné le sentiment
d'imposer une culture dominante, essentiellement matérialiste, vécue comme une
agression ? " En ce cas, la crise ne se réduirait pas à un écart vertigineux entre pays riches et
pays pauvres. Elle aurait une dimension culturelle et religieuse. Elle se concrétiserait dans le
paradoxe de nations désireuses d'accéder à un niveau de vie " à l'occidentale " et, en même
temps, rejetant les valeurs que cette civilisation exporterait ? Le problème de la
mondialisation n'est-il pas ainsi à reprendre à nouveau par les responsables politiques et les
économistes pour lui éviter d'être le laminoir des cultures et des spiritualités ? Et les
religions, elles-mêmes, n'ont-elles pas à se poser la question : quelle est leur mission
aujourd'hui ? De quel message de Dieu sur l'homme et sur la société sont-elles porteuses ?
N'ont-elles pas à proposer une spiritualité qui réponde aux attentes de beaucoup de citoyens
en recherche d'authentiques raisons de vivre et d'espérer ? Qu'arriverait-il si disparaissaient
les grandes religions monothéistes au bénéfice de vagues spiritualités sans consistance avec
tous les risques de dérive sectaire qui les accompagnent ?

Dans la société européenne, nous souhaitons que, l'État de droit étant respecté, chrétiens,
juifs, musulmans, bouddhistes, aient la possibilité de vivre leur religion, la capacité de
l'exprimer publiquement non par volonté de prosélytisme, mais dans le seul souci de servir
leur pays, sa cohésion et son unité. Les religions ne sont pas des lobbies, des groupes de
pression. Elles irriguent l'histoire de l'Europe, son art, sa culture, son mode de vie,
singulièrement les religions chrétiennes qui ont aidé à souder les nations et à construire
l'Europe. Sans triomphalisme, nous voulons pouvoir dire qui est Dieu pour nous et qui est
l'homme aux yeux de Dieu. De telles convictions, en effet, fondent notre souci de respecter
la dignité de l'homme et le caractère sacré de la vie. Les religions ne sont donc pas vouées
aux catacombes : elles se veulent présentes aux débats qui traversent toute société
démocratique. Nous pensons en effet que, si elles sont fidèles à leurs origines et si elles
échappent à l'ambiguïté de se confondre avec le pouvoir étatique, elles peuvent aider, dans
le respect des diversités, à la cimentation du corps social par la dimension spirituelle de
l'homme qu'elles génèrent et le projet de convivialité qu'elles proposent.

À mon sens, si les événements que nous vivons laisseront sans aucun doute des blessures
lentes à se cicatriser, il ne faut pas pour autant qu'ils interdisent la rencontre et le dialogue
entre religions. Au contraire, ils sont un appel à l'urgence du débat, notamment en Europe
occidentale où pourrait se vivre, à la manière d'une prophétie, une cohabitation fructueuse,
exemplaire, loyale des diverses religions sans autre émulation que spirituelle. Est-ce un rêve
? Si oui, n'a-t-on pas le droit de l'espérer au nom même de la foi qui nous habite ?

N'est-ce pas la conviction qui habite le pape Jean-Paul II en invitant une nouvelle fois les
représentants de toutes les religions à se retrouver à Assise, le 24 janvier 2002, pour
manifester leur volonté commune d'être des ferments de fraternité et pour faire monter vers
Dieu, chacun en sa propre langue, une prière pour la paix entre les peuples ?

Bernard Panafieu
Archevêque de Marseille
Membre du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux
Président du Comité épiscopal pour le dialogue interreligieux

------

[1] Journées de la Paroisse universitaire, Pau 2001
[2] Tariq Ramadan, Témoignage chrétien, octobre 2001
[3] Conférence des évêques de France, novembre 1998
[4] Secrétariat pour les relations avec l'islam, septembre 2001

 



La discussion

      Quel dialogue interreligieux ?, de Mgr Bernard Panafieu [2002-01-21 18:51:06]
          ????????, de Petipeu Justin [2002-01-21 21:40:15]
              Vous vous méprenez !, de Ronga Frédéric [2002-01-21 22:15:48]
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          Quand ils en tiennent une..., de Ronga Frédéric [2002-01-21 22:07:56]
              Une question sans rapport, de A X [2002-01-21 22:51:06]