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LES LIMBES
UN MOT A EXCLURE DU VOCABULAIRE CATHOLIQUE ?
Répondant récemment à une personne qui lui faisait part du décès d'un bébé, par "mort subite du nourrisson" et évoquant avec elle le cas plus général des enfants morts sans baptême (car c'était précisément celui de ce bébé), et le sort qui lui paraissait être le leur, les "limbes", une religieuse amie lui répondit : "Sortez ce mot de votre vocabulaire. Cela n'existe pas... où en êtes-vous restée?..."
Que répliquer à une telle affirmation, assortie d'un argument qui se croit définitif : "Ce n'est pas de foi"? Une réponse nous a paru d'autant plus importante qu'avec la généralisation légalisée de l'avortement un nombre de plus en plus important d'âmes meurent sans baptême.
Que dit sur ce sujet le Catéchisme de l'Église catholique? A l'article 1261, il est écrit :
"Quant aux enfants morts sans baptême, l'Église ne peut que les confier à la miséricorde de Dieu, comme elle le fait dans le rite des funérailles pour eux. En effet, la grande miséricorde de Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés, et la tendresse de Jésus envers les enfants, qui Lui a fait dire : "Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas" (Mc 10, 14), nous permettent d'espérer qu'il y ait un chemin de salut pour les enfants morts sans baptême. D'autant plus pressant est aussi l'appel de l'Eglise à ne pas empêcher les petits enfants de venir au Christ par le don du saint baptême".
Et à l'article 1283 :
"Quant aux enfants morts sans baptême, la liturgie de l'Eglise nous invite à avoir confiance en la miséricorde divine, et à prier pour leur salut".
Ces réponses nous ayant paru, pour diverses raisons, insuffisantes voire insatisfaisantes, nous avons recherché un complément d'information dans les écrits des Pères et les enseignements de l'Eglise.
Voici le résultat de nos recherches sur ce sujet, spécialement dans le Dictionnaire de théologie catholique ( A. Vacant et E. Mangenot, Paris, Letouzet et Ané Editeurs, 1910. Ce document sera noté DTC ) et d'autres documents cités à l'occasion.
LE MOT "LIMBES"
Le mot "limbes" est parfaitement défini. Il a été utilisé depuis des temps très anciens :
"Ce mot désigne le séjour des âmes qui, n'ayant pas mérité l'enfer proprement dit, ou bien ne pouvaient, avant la rédemption, entrer dans le ciel, limbus patrum, ou bien en sont exclus éternellement par le fait du seul péché originel, non effacé, limbus puerorum"
(DTC, Col. 760).
Le mot ne figure ni dans l'Écriture ni chez les anciens Pères :
Pour désigner le séjour des âmes qui ne sont pas au ciel, on employait le mot "inferi", "infernus".
On retrouve celui-ci dans le symbole romain "descendit ad inferos" (est descendu aux enfers), ainsi présenté dans le Catéchisme de saint Pie X ("Le symbole des Apôtres" - "Le cinquième article") :
"Que nous enseigne le cinquième article : Est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité d'entre les morts?
Le cinquième article du Credo nous enseigne que l'âme de Jésus-Christ, une fois séparée de son corps, alla dans les Limbes, et que, le troisième jour, elle s'unit de nouveau à son corps pour n'en être jamais plus séparée.
Qu 'entend-on par enfers?
On entend ici par enfers les Limbes, c'est-à-dire le lieu où étaient les âmes des justes en attendant la rédemption de Jésus-christ".
Si le mot "limbes" a été employé au sens du lieu où résidaient autrefois les patriarches, avant la descente de Jésus "aux enfers", il ne l'a été que plus tard par les théologiens.
On le trouve par exemple chez Guillaume d'Auvergne (1230) ou Albert le Grand (1193-1280), où l'on voit apparaître la distinction entre les limbes des saints Pères et les limbes des enfants.
L'EXISTENCE DES "LIMBES"
Si le mot n'existe pas dès l'origine, la chose, quant à elle, est évoquée : le sort des enfants morts sans baptême a très tôt fait l'objet de la recherche des théologiens.
L'Ecriture ne faisant aucune allusion au sort des enfants morts sans baptême et la question paraissant rester en dehors de la perspective évangélique, le principe de solution a été trouvé dans "l'affirmation si souvent répétée de l'éternelle justice divine" (DTC, Col. 761).
"La Tradition éclaire la portée de ce principe. Les Pères grecs, qui ont traité de la question des enfants morts sans baptême, favorisent l'idée d'un état à part pour leurs âmes, sans toutefois parler du séjour de ces âmes".
Athénagore estime "que les enfants qui n'ont fait aucun mal ni aucun bien ne seront pas jugés".
Saint Grégoire de Nazianze, classant en trois catégories les hommes qui n'ont pas reçu le baptême cite, en troisième lieu, "ceux qui ne l'ont pas reçu soit à raison de leur enfance, soit à raison d'un accident... ne sont, par disposition du juste juge ni dans la gloire ni dans les supplices".
"C'est dire, conclut le Dictionnaire de théologie, que la justice divine postule pour une certaine catégorie d'âmes un état intermédiaire entre le ciel et l'enfer" (D.T.C., col. 762).
Bien que les premiers Pères latins se soient peu intéressés à la question, on admettait à l'époque qu'il y ait une différence entre le péché d'Adam et les fautes personnelles commises à la suite de ce péché.
"On établissait donc une différence très nette entre les peines dues aux péchés personnels et celles qui étaient la conséquence du péché originel"
(DTC, Col. 762).
On admettait, au nom de la justice, un état intermédiaire entre le ciel et l'enfer. Cela n'allait pas sans difficultés, notamment du fait des Pélagiens. ( Ces derniers "prétendaient qu'il y avait dans le royaume des cieux, ou quelque part ailleurs, un lieu intermédiaire, où les enfants morts sans baptême vivaient heureux, partageant plus ou moins avec les élus le bonheur surnaturel de la vision béatifique". C'était nier implicitement la nécessité du baptême, affirmée par l'Ecriture (Jean III,5)).
"Cette prétention fut condamnée par une décision synodale, généralement attribuée au IIème Concile de Milève (416) et reproduite par le concile plénier de Carthage (418), tous deux approuvés par le pape". Il y était déclaré en termes très clairs "que les enfants morts sans baptême étaient exclus de la vision béatifique" (DTC, Col. 364).
Y furent déclarés anathèmes ceux qui laissent entendre "qu'il existe dans le royaume des cieux ou ailleurs un lieu intermédiaire où les enfants qui ont quitté cette vie sans le baptême vivraient heureux, alors que sans le baptême ils ne peuvent entrer dans le royaume des cieux qui est (proprement) la vie éternelle" (DTC, Col. 763).
Cette position tranchée ne faisait pourtant référence ni à des tourments, ni à des flammes, ni à des douleurs. "A tout prendre, conclut le Dictionnaire de théologie, ce texte peut se concilier avec l'affirmation de l'existence des limbes" (Col. 764).
PÉCHÉ DE NATURE ET PÉCHÉS PERSONNELS
A travers les controverses sur cette question, se dégage une constante, la référence à un principe : la distinction à faire entre le sort de ceux qui sont exclus du royaume des cieux en conséquence du péché de nature, et celui de ceux qui en sont chassés pour leurs péchés personnels.
L'opinion de saint Augustin est "une conséquence logique d'une conception confuse de la nature de ce péché (de nature)", qui fera sentir son influence pendant plusieurs siècles.
"Cependant, même pendant cette période, il faut citer chez des augustiniens l'affirmation de certains principes d'où, logiquement, on devait déduire un jour l'existence d'un état et d'un lieu intermédiaire entre le ciel et l'enfer, pour ceux qui meurent avec le seul péché originel"
(DTC, Col. 764).
Saint Grégoire le Grand, par exemple, suit saint Augustin et ne connaît que l'enfer des damnés et l'"infemus superior" des Justes de l'Ancienne Loi.
Mais on retrouve, avec les derniers, "le principe de justice qui implique l'affirmation des limbes comme sanction du seul péché originel : le péché originel n'a pas les mêmes conséquences que le péché actuel. Saint Grégoire applique ce principe aux Justes de l'ancienne loi. (...). Les enfants ne sont-ils pas dans le même cas que les patriarches? Ils ont le péché originel sans faute actuelle. Il est logique d'en conclure qu'il y aura pour eux le même lieu intermédiaire que pour les justes. Saint Grégoire pose le principe, mais ne tire pas la conséquence"
(DTC, Col. 764).
UNE PEINE PROPORTIONNÉE A LA NATURE DU PECHE
L'Église tire ensuite les conclusions du principe posé précédemment.
(Saint Anselme : 1033-1109) "en plaçant l'essence du péché originel dans la privation de la justice primitive, posait dès l'abord un principe fécond d'où l'on devait logiquement déduire un jour la conception purement privative des conséquences de la faute originelle.
Le grand théologien ne semble point pourtant avoir tiré lui-même la conclusion de ses principes. Sur le problème du sort des enfants morts sans baptême, il reste augustinien et ne connaît point les limbes".
Bien que faussant la pensée de saint Augustin, en interprétant métaphoriquement ce que celui-ci avait entendu au sens littéral (le feu perpétuel), Abélard poursuit la déduction des principes posés.
"La peine des enfants, morts sans baptême, dit-il, nous est présentée par saint Augustin dans l'Enchiridion comme très douce.
J'estime que cette peine ne consiste pas en autre chose, qu'en ce qu'ils souffrent les ténèbres; c'est-à-dire en ce qu'ils sont privés de la vision de la majesté divine, sans aucun espoir de récupérer cette vision."
(...) (Abélard) conduit à ses conséquences légitimes la notion anselmienne du péché originel plus conforme aux exigences de la justice divine, en continuité d'ailleurs avec la tradition des pères grecs.
Par l'école d'Abélard, la doctrine dérivée de saint Anselme se répandit peu à peu"
(DTC, Col. 765).
Dans une lettre adressée à l'archevêque d'Arles, le pape Innocent III (1160- 12 16)
"déclare que le péché actuel est puni par les tourments de l'enfer et que la peine de la faute originelle c'est la privation de la vision de Dieu. Paena originalis peccati est carentia visionis Dei. La distinction des peines du péché originel et du péché actuel, entrevue déjà par Grégoire le Grand, postulée par la conception de saint Anselme, proposée par Abélard, si nettement affirmée par l'autorité d'innocent III impliquait la distinction des états et, partant, des lieux des âmes coupables du seul péché originel, ou de péchés actuels"
(DTC, Col. 765).
"Cette déclaration du pape Innocent III, dit M. le Chanoine J.Didiot, n'est pas seulement un indubitable monument de la croyance de l'Église romaine, elle est très certainement, surtout depuis son insertion, en 1230, au Corpus juris ou code officiel des lois pontificales, un enseignement formel et authentique de la papauté"
(DTC, Col. 371).
Saint Thomas d'Aquin enfin arriva aux conclusions qui devinrent celles des générations suivantes.
"Saint Thomas, en conformité avec la conception privative du péché originel, et en partant du principe de justice nettement perçu que la peine du péché doit être exactement proportionnée à sa nature, a affirmé pour les enfants morts sans baptême l'existence d'un état et d'un lieu spécial dans lequel ces enfants vivront sans doute privés de la vie éternelle, séparés de Dieu quant à l'union qui procure la gloire, mais unis à lui par la participation aux biens naturels".
Cette idée d'une peine proportionnée était aussi, malgré les apparences, celle du pape Clément IV en 1267, du IIème Concile de Lyon et du Concile de Florence en 1439.
Depuis longtemps, la croyance commune distinguait la peine du péché originel et celle due au péché actuel et, excluant les enfants de la vision béatifique, les regardait comme exempts du feu de l'enfer.
"Conformément à cette pensée, le pape et le concile de Lyon, à plus forte raison le concile de Florence, par les mots disparibus paenis, indiquent une différence d'espèce, non de degrés, entre les peines subies par les enfants et les adultes coupables.
En employant l'expression in infernum descendere, le concile laisse sans réponse précise la question de la localisation de ceux qui meurent avec le seul péché originel.
Il n'affirme nullement la communauté complète de leur séjour avec les damnés. Le mot infernus a pour lui la signification large qu'il a pour les théologiens de l'époque : celle d'un lieu opposé au ciel qui se trouve dans une situation inférieure à nous et où descendent tous ceux qui sont exclus soit temporairement (limbes des patriarches) soit éternellement du ciel"
(DTC, Col.766).
CONFIRMATION DE L'ENSEIGNEMENT DE L'ÉGLISE
Malgré la persistance de controverses entre théologiens (Bellarmin, Noris, Ricci, etc...), le magistère de l'Eglise consacra par son autorité le résultat des analyses théologiques : "Le principe doctrinal solide d'où découle logiquement la croyance catholique à l'existence des limbes" (DTC, Col. 768).
Pie VI, au XVIIIème siècle, exprima nettement la pensée de l'Église sur le sujet :
"(Il déclara) fausse, téméraire, injurieuse aux écoles catholiques la proposition selon laquelle doit être rejeté comme une fable pélagienne l'endroit des enfers, appelé vulgairement limbes des enfants, dans lequel les âmes de ceux qui meurent avec le seul péché originel sont punies de la peine du dam sans la peine du feu, comme si écarter de ces âmes la peine du feu, c'était remettre en honneur la fable pélagienne d'après laquelle il y aurait un lieu et un état intermédiaire exempts de faute et de peine entre le royaume des cieux et la damnation éternelle"
(Dentzinger, B.n. 1526).
Le dictionnaire de théologie conclut :
"... L'existence des limbes des enfants, tels que les fidèles les conçoivent, c'est-à-dire d'un état exempt de la peine du feu, mais laissant les âmes soumises à la faute originelle et à la peine du dam, n'est point une fable pélagienne, mais une croyance orthodoxe. Aussi, dans le schéma de la Constitution dogmatique sur la doctrine catholique, qui devait être soumise au concile du Vatican (I), est-il dit que ceux qui meurent avec le seul péché originel seront privés pour toujours de la vision béatifique, tandis que ceux qui meurent avec un péché actuel grave souffriront en outre les tourments de l'enfer"
(DTC, Col. 767).
Ainsi, sans faire de l'existence des limbes un article de foi, l'Église a voulu consacrer le principe dogmatique d'où découle logiquement, à partir du principe de la justice divine, l'existence des limbes.
"Ainsi l'Église, en analysant de plus en plus, par le travail de réflexion de ses Pères et de ses théologiens, l'idée de justice divine, a de mieux en mieux distingué entre la nature et les conséquences du péché originel et celles du péché actuel. L'exigence d'un état intermédiaire entre la béatitude éternelle, et l'enfer au sens strict, comme postulat de la justice divine avait été reconnue explicitement par quelques Pères grecs, entrevue par saint Augustin avant la controverse pélagienne. Cette exigence a pu être méconnue pendant un certain temps sous l'influence d'une conception confuse et trop pessimiste de la nature et des conséquences du péché originel; ce fut un progrès des théologiens scolastiques d'avoir su remettre en évidence par leurs analyses ces exigences de l'idée traditionnelle de justice divine"
(DTC, Col. 768).
PEUT-ON S'ATTENDRE A UN CHANGEMENT DE CET ENSEIGNEMENT ?
Peut-on espérer que, par sa miséricorde, Dieu épargne aux âmes des enfants morts sans baptême, la peine privative des biens surnaturels, du salut éternel?
Sur l'état des âmes qui sont aux limbes "les documents du magistère ecclésiastique nous obligent à reconnaître à cet état un caractère pénal. Innocent III parle de poena originalis peccati : le concile de Lyon emploie l'expression : poenis disparibus puniendas, et Pie VI, poena damni puniuntur. La peine du péché originel consiste essentiellement dans la privation de la vision béatifique", privation qui n'est pas nécessairement sentie, ni même connue du sujet, conformément à la stricte justice.
"La stricte justice même demande que la peine du péché originel ne soit pas sentie. Il n'est pas convenable, en effet, que pour une faute dérivée de la volonté de nature, et non de la conscience personnelle, il y ait un retentissement pénal senti dans la conscience propre de chaque individu... Il y a, cependant, d'une façon objective, privation et peine grave. Le péché originel prive ceux qui en sont souillés de biens qui dépassent les exigences de leur nature : il a comme peine de laisser la nature à ses propres ressources. Même restant dans l'inconscient, la privation de la vision béatifique est une peine grave" (DTC, Col. 768, 769).
Le cardinal Billot (Les Études - t. CL XIII - 5 avril 1920, p.32) développe cette notion :
"Parlant du sort réservé aux enfants morts sans baptême, nous ne prononçons pas le mot de béatitude. Non pas que leur condition, prise intrinsèquement et considérée en soi, diffère le moins du monde de la béatitude qui eût été l'apanage de l'état de pure nature, puisque, dit saint Thomas, s'ils sont séparés de Dieu quant à l'admission de la gloire, ils ne le sont pas quant à la participation des biens naturels. Mais, c'est que, dans l'ordre présent, nous sommes élevés à la fin surnaturelle... et que, d'autre part, la béatitude est par définition un état de perfection... omnium bonorum aggregatione perfectus. Or, les enfants morts sans baptême sont en état de coulpe, ils sont frappés de déchéance, ils ont manqué la fin à laquelle les destinait l'ordre actuel de la Providence. Le mot de béatitude a donc une portée qui ne trouve pas en eux son application, et c'est la raison pour laquelle nous nous contentons de dire... qu'ils possèdent sans douleur les biens qu'ils ont par nature"
(DTC, Col. 769).
Là encore, le dictionnaire de théologie conclut :
"Telle est la doctrine thomiste très cohérente sur l'état des âmes qui sont aux limbes. Elle reste une opinion théologique, celle du maître de l'École : elle possède aussi une valeur intrinsèque qui lui vient de la connexion logique avec l'enseignement traditionnel sur le caractère purement privatif du péché originel; en fait, elle est reçue communément par l'ensemble des théologiens" (DTC, Co1.769)
( Curieusement aujourd'hui, on fonde sur le même argument, "l'assentiment général des théologiens", l'affirmation qu'il n'y a pas de limbes. S'agit-il de l'ensemble des théologiens contemporains ? Mais on sait ( cf. veritas splendor) qu'un certain nombre d'entre eux professent des opinions peu catholiques… Ou s'agit-il des théologiens de vingt siècles d'Eglise ? Mais alors, il semble bien y avoir désaccord entre l'affirmation ci-dessus et sa justification d'une part, le dictionnaire de Théologie catholique d'autre part )
Dernière question, le caractère éternel de la privation du ciel.
"L'exclusion du ciel pour les âmes est-elle définitive? La tradition est unanime pour l'affirmer; le nier serait aller contre la doctrine toujours reçue de la nécessité du baptême saltem in volo comme moyen de salut, contre les décisions d'innocent III et du concile de Florence qui excluent l'idée d'une peine temporaire pour ceux qui vont aux limbes"
(DTC, Col. 769).
C'est pourquoi est rejetée l'opinion d'un théologien allemand, Minges, de Ratisbonne, en 1922, selon laquelle "il serait peut-être possible que les enfants morts sans baptême arrivent un jour à la béatitude éternelle, si des hommes justes offraient ici-bas leurs mérites et ceux du Christ pour eux. Il s'agit donc ici de la justification possible de ceux qui sont aux limbes. La raison, c'est qu'il faut ouvrir les portes du ciel aussi largement que le dogme catholique le permet. L'auteur en appelle à la tendance de l'Eglise à se faire une idée de plus en plus miséricordieuse du sort des enfants morts sans baptême pour espérer encore de nouveaux adoucissements".
Conclusion du dictionnaire de théologie catholique :
"Reconnaître l'évolution de l'enseignement ecclésiastique dans le sens de la distinction mieux comprise entre la peine du péché originel et celle du péché actuel, ce n'est pas nier la continuité de cet enseignement in eadem sententia, in eodem sensu. Or, ce qui fait cette continuité, c'est l'idée d'exclusion définitive du ciel par le fait du péché originel, affirmer, comme le veut le Dr Minges, la possibilité d'une admission à la béatitude céleste des âmes qui sont aux limbes, c'est briser cette continuité; c'est méconnaître l'homogénéité de l'évolution de la doctrine catholique sur ce point"
(DTC, Co1.770).
Revenant à la réflexion citée en introduction à cette étude, nous pouvons récapituler en conclusion, les éléments de la réponse à y apporter :
Le mot "limbes" fait, depuis des temps très anciens, partie du vocabulaire catholique et l'on ne voit aucune raison solide de prétendre le rayer de ce vocabulaire.
L'existence des "limbes" a été reconnue très tôt par les Pères et les théologiens.
L'Eglise a consacré par son autorité le résultat des analyses théologiques, se référant en cela au "principe doctrinal solide d'où découle logiquement la croyance catholique à l'existence des limbes".
On ne voit aucune autre manière de donner une réponse cohérente à un problème qui a été posé très tôt à la conscience catholique : appuyer sur la nécessité absolue du baptême pour le salut éternel (ce qui en exclut les enfants morts sans baptême), elle trouve la solution dans le principe de l'éternelle justice divine, qui postule que la peine du péché doit être proportionnée à sa nature.
Privés de la vision béatifique, les enfants morts sans baptême ne souffrent cependant pas des tourments de l'enfer : "Ils possèdent sans douleur les biens qu'ils ont par nature".
Espérer des adoucissements à cette position semble remettre en cause la continuité de l'enseignement de l'Eglise, "in eadem sententia, in eodem sensu", selon l'expression de saint Vincent de Lérins, rappelée par Jean-Paul II dans Veritatis splendor (n.53).
E.B.
Action familiale et scolaire
N° 115
octobre 1994