Samedi 22 décembre 2001
La rumeur enflait. Voilà l’information confirmée. Le pape Jean Paul II a nommé hier Mgr Jean-Pierre Ricard archevêque de Bordeaux et Bazas, charge qu’il assurera dès février prochain. L’évêque de Montpellier y occupera le siège vacant depuis le décès, le 11 juin dernier, du cardinal Pierre Eyt.
Mgr Ricard, 57 ans, a été élu à la présidence de la Conférence épiscopale française (CEF) lors de la dernière assemblée, le 6 novembre, à Lourdes, pour succéder au cardinal Louis-Marie Billé, archevêque de Lyon. « Mais ces événements n’ont aucun rapport. Ma nomination à Bordeaux résulte d’une enquête que la Nonciature apostolique (Ndlr : l’ambassade du Saint-Siège en France) avait secrètement ouverte dès le décès du cardinal Eyt. Le Nonce, Mgr Fortunato Baldelli, avait promis aux fidèles girondins un évêque avant Noël. C’est indépendant de mon élection à la tête de la CEF. »
Reste que la nouvelle surprend. « Je l’ai moi- même apprise il y a seulement quinze jours. » D’où une certaine précipitation. Après une visite éclair à Bordeaux les 2 et 3 janvier prochain, Mgr Ricard s’éclipsera du diocèse héraultais le 13 janvier : « Dix jours de repos pour souffler physiquement, psychologiquement et spirituellement ».
Dernier passage dans la région début février pour « une célébration d’au- revoir » le dimanche 3 février, en la cathédrale de Montpellier, à 16 heures. Et le nouvel archevêque devrait prendre ses fonctions dans la foulée. Entre temps, il aura rencontré à Paris le Nonce apostolique pour éclairer les raisons de ce choix.
Mais qui pilotera alors l’évêché languedocien ? Début février, le "Collège des consulteurs", huit prêtres héraultais déjà en charge de responsabilités diocésaines, désignera un administrateur, sorte d’intérimaire pour gérer les affaires courantes jusqu’à l’arivée d’un nouvel évêque.
« Pour nommer monsuccesseur, précise Mgr Ricard, l’enquête sera ouverte par la Nonciature dès que ma nomination sera effective à Bordeaux. Mais j’ai demandé au Nonce que Montpellier ait un évêque d’ici six mois, avant l’été. »
Parmi les multiples préoccupations qui assaillent désormais Mgr Ricard, la gestion de la double casquette : « J’étais vice-président de la CEF depuis 1999 mais je découvre la nouvelle responsabilité de président : il me faudra l’articuler avec la découverte du diocèse de Bordeaux. »
Autre souci, celui des gros chantiers en cours ici. D’abord, les nouveaux "ensembles paroissiaux", un redéploiement pour faire face à la pénurie de prêtres. « Mais nous sommes dans une période de "vérification", avant une promulgation définitive en juin 2003. D’ici là, le diocèse aura son nouvel évêque. »
Ensuite, le synode des jeunes, lancé en fanfare le 8 décembre dernier, pour ouvrir à ces chrétiens-là l’Eglise du IIIe millénaire. « La route est tracée et les animateurs de cette initiative peuvent tenir le cap. »
Enfin, le lourd dossier de la reconstruction de la maison diocésaine, le centre Saint-Guilhem, au cœur de Montpellier : « Dès que le permis de démolir sera donné, les travaux commenceront. Tout est bouclé, de l’aspect architectural à la maîtrise financière. Et l’échéance de ces trois dossiers renvoie à l’été 2003 : mon successeur prendra le relais, même si j’aurais aimé partir avec l’esprit reposé du travail bien fait. »
Ce bémol traduit les sentiments qui partagent l’évêque, « entre regrets et disponibilité pour la mission. Lors de mon ordination épiscopale, j’avais choisi pour devise "A cause de l’Evangile". J’accepte cette décision comme un appel du Seigneur à partir ailleurs au service de l’Eglise. » Mais « c’est u arrachement, après cinq ans de liens tissés ici. J’aime ce diocèse. Le Provençal que j’étais (*) devenait Languedocien. Aujourd’hui, ma famille, c’est mon diocèse. Le Midi méridional, ce sont mes racines. A Marseille, mes parents, qui ont plus de 80 ans, m’ont dit : "Maintenant, tu t’éloignes. Mais il vaut mieux que tu fasses ça pendant que tu es jeune" ! »
Un attachement exprimé dans le courrier que l’évêque a fait parvenir hier à tous les prêtres, religieux, diacres et laïcs en mission du diocèse de Montpellier pour leur donner la primeur de la nouvelle. Jusqu’au personnel de maison de l’évêché, avec qui il a tenu à s’entretenir en tête à tête hier matin.
Paul CARACI
http://www.midilibre.com/actuv2/article.php?num=1008969340