de reprendre le fil, rapidement...
A priori "la faute au nazisme" me semble une explication tout à fait circonstanciée et peu vraisemblable... L'origine de la crise liturgique de l'Eglise n'est pas d'abord culturelle (les gnostiques et les libéraux tendance rétro disent "le sacré"), mais bien doctrinale !!! Le problème de la nouvelle messe est un problème théologique, et par là (et par là seulement) un problème liturgique.
Tant qu'on n'acceptera pas cela, on ne fera que tourner autour de l'origine du désastre et on sera encore moins capable d'envisager une solution. On parle de "réforme de la réforme", de rit traditionnel restant LA référence, des beautés du missel de saint Pie V ..., de..., de... : on parle très bien et beaucoup - MAIS on est incapable d'accepter seulement l'idée de la libéralisation de célébrer selon le rit pérenne dans l'Eglise romaine !!! Expliquez-moi svp! Réponse: désaveu du "Concile". Mais encore le Concile? Réponse : "l'esprit d'Assise".
- Ah!
Je me sens un peu stupide et incapable... : plutôt que solliciter ces lignes d'un gnome de mon espèce, il vaudrait trois mille fois mieux (au moins!) que vous lisiez les quelques 3000 pages des Institutions Liturgiques de Dom Guéranger: L'origine de l'hérésie anti-liturgique est toujours la même, avec des foyers multiples et se développant comme le feu sur de la paille (d'où l'illusion de la complexité des procédés, mais c'est un leurre): lorsque la vigilance des pasteurs cesse (on a appelé ça "ouverture au monde"), c'est la haine viscérale de la Vérité révélée qui investit la place ! et celle-ci hélas est aussi ancienne que la Vérité révélée elle-même.
Notre grande chance en tout cela c'est de bénéficier, aujourd'hui, d'une juris prudence de 2000 ans d'Eglise, même si, aujourd'hui de même, il faut réagir sans le concours (jusques à quand, Seigneur?) de l'autorité de l'Eglise. Juris prudence qui est si centrale au "sensus fidei" que la loi de la prière précède la formulation du dogme dans l'histoire de l'Eglise. C'est très précisément le sens de l'adage : legem credendi statuat lex supplicandi (que la loi de la prière fixe, statue, la règle de la Foi!) - et non le contraire, comme on le croit souvent.
Cette "expérience" de l'histoire permet par exemple à un Dom Guéranger de tirer des consignes très précises quant au discernement des esprits (si j'ose ici le concept ignacien) en matière liturgique (cf les caractéristiques de l'hérésie anti-liturgiques par exemple), et là les conclusions, pour la modernité, sautent à la figure.
A l'inverse le drame de la modernité et plus encore d'une certaine génération tradi naïve, c'est l'amnésie totale sur l'histoire (proche ou ancienne), allant de paire avec la naïve croyance que rien n'a jamais été aussi exceptionnel (dans le bien comme dans le mal) que notre aujourd'hui - d'où l'absence totale de repère et partant le repli sur des solutions sans sagesse: "l'obéissance", comme terme ultime de l'attitude chrétienne...
De même, et c'est le pendant du côté de l'autorité, la prudence pastorale. Vous évoquez la chose dans votre message en m'invitant à lire JG. Soit. Seulement cela aussi était prévisible. C'est exactement cela qu'a vu le Cal Ottaviani lorsque le Saint-Office, premier organe de gouvernement du Saint-Père (c'est-à-dire la Doctrine) est devenu (en 68 sauf errer) une congrégation parmi d'autre... En substance le Cal a déploré que, désormais, ce ne serait plus la Vérité qui infléchirait le gouvernement de l'Eglise, mais la diplomatie... la prudence. Autrement dit "l'humain".
Tout est dit.
Certaines modalités, certes, sont propres à la modernité, mais le fond du problème est sempiternellement le même, et avec une récurrence proprement lassante.
Ce qui s'est passé dans les années de guerre n'a pas été l'émergence d'une nouveauté, mais un renversement insensible de majorité au bénéfice d'une attention à d'autres questions - renversement consacré ensuite par le Concile. Ce(ux) qui étai(en)t condamné(s), est (sont) devenu(s) la loi (illégitime par le fait même).
A partir de là on a cru pouvoir impunément renverser l'adage et fixer la prière à partir de la Foi pure (enfin libre et ouverte - sans condamnation...), Foi qui, libérée de sa tradition liturgique et libre de même face à une liturgie à inventer, est tombée dans l'ornière multiséculaire et infiniment prévisible de l'hérésie la plus convenue et la plus convergente: "le modernisme".
In Christo
Bertrand Décaillet