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Note de réflexion inter-religieuse à propos de la situation internationale Imprimer
Auteur : ARNAUD Xavier
Sujet : Note de réflexion inter-religieuse à propos de la situation internationale
Date : 2001-12-11 19:03:17

Note de réflexion inter-religieuse
à propos de la situation internationale

Sortir de la violence



Lyon, le 11 décembre 2001

INTRODUCTION

1. Les affrontements au Proche-Orient, les attentats du 11 Septembre 2001 à New-York et la riposte militaire en Afghanistan constituent des événements
déterminants de notre histoire contemporaine. Il nous est bien difficile de savoir ce que ces événements révèlent des relations entre les peuples, du jeu des
solidarités et des antagonismes entre les pays, les communautés sociales et culturelles et les individus. Aussi est-il bon qu'ensemble, nous réfléchissions à ce
qui se passe et à ce qui est aujourd'hui en question.




UN ENRACINEMENT DANS LA FOI

2. Les croyants affirment leur confiance en Dieu, un et unique, Créateur du ciel et de la terre, à l'origine de toute vie humaine. Ils ne peuvent, en conséquence,
rester silencieux face au drame de cette humanité qui, semble-t-il, ne parvient jamais à sortir de l'enchaînement infernal des violences et de la guerre.
Aussi, aujourd'hui, nous nous souvenons que notre foi en Dieu prend sa source dans la Parole première prononcée par l'Eternel, d'où nous vient la vie.
Nous croyons que cette Parole de Dieu peut être entendue et reçue, car Elle nous précède et Elle demeure, en amont et au cœur de notre histoire.
Nous espérons, au nom de notre espérance commune, qu'à l'horizon du chemin de la haine, il n'y aura plus la haine mais l'expérience d'une nouvelle rencontre
dans la dignité et le respect mutuel entre les hommes.

LA PERTE DU DROIT

3. Mais que dire ? Quelle parole prononcer, alors que la violence - d'où qu'elle vienne - nous conduit dans l'obscurité ? Nous percevons que notre parole
d'homme, adressée à une humanité blessée, fragilisée et désunie, présuppose que nous parvenions à comprendre ce qui entraîne des hommes dans de telles
situations d'aveuglement.
Vouloir comprendre, ce n'est ni excuser ni se rendre complice des agissements qui conduisent à la mort. C'est observer la logique de l'action violente, dont la
caractéristique majeure est de vouloir briser toute médiation.
Pourtant, il nous faut noter que c'est cette même médiation, à laquelle les acteurs de la violence ne peuvent ou ne veulent
plus croire, qui est appelée à exister par un lien primordial de reconnaissance entre les hommes, les nations et les
communautés d'appartenance culturelle ou religieuse.
Aujourd'hui donc, la médiation (juridique, diplomatique, économique, sociale, culturelle ou politique) est bafouée, par intérêt,
par mépris, par défi ou par dépit. La voie de l'échange est abandonnée ou brisée, et seule demeure la voie de la destruction
des symboles, des institutions et des vies humaines.
Or la perte du droit - et de l'idée même de justice qui lui donne sens - tend rapidement à annihiler la considération des
solidarités communautaires et inter-communautaires. La vie humaine est alors exposée à la surenchère des pouvoirs destructeurs.


4. Parmi les causes profondes de la violence, il importe en effet de prendre en considération la dérive dévastatrice qui conduit les acteurs - et donc chacun
d'entre nous, si nous tentons tant soit peu de comprendre la violence qui est en nous - de la frustration ou de l'ambition à la destruction, physique et
symbolique, de tout contrat social fondamental. Au cours des décennies passées, nous sommes ainsi allés de la peur de l'autre à l'impossible considération de
l'altérité. Du même coup, la vie de l'autre a perdu sa valeur primordiale, cette valeur que nous rappelait jusque là l'impératif essentiel : "Tu ne tueras pas".

LA VULNERABILITE HUMAINE

5. La vulnérabilité de nos institutions et de nos constructions, utiles à notre humanité mais pouvant devenir les symboles de
notre désir ambigu de puissance, dit aussi la vulnérabilité de notre condition de créature.
Sur cette terre qui nous est confiée, nous sommes appelés à assumer notre solidarité les uns à l'égard des autres et notre
responsabilité pour l'avenir de la planète. La mondialisation amplifie cette expérience de co-habitation et d'inter-dépendance.
Elle amplifie aussi la prétention qui nous habite tous de vouloir nous approprier la terre, plutôt que de la partager, en frères.
Voilà pourquoi, au cœur de cette épreuve de la vulnérabilité, deux chemins s'ouvrent devant nous : l'affirmation de soi par la
violence, ou l'affirmation de soi par le pacte social, lui-même reposant sur la valeur de la parole donnée.

LES FAUSSES JUSTIFICATIONS

6. Dans cette volonté des croyants pour comprendre l'homme et la dérive de la violence, nous resterons attentifs et critiques face aux justifications
idéologiques - voire religieuses - de toute action politique ou économique et de toute réaction violente contre une menace ou les contraintes d'un ordre.
Si nous mesurons la place centrale de la peur dans l'enchaînement des violences, nous percevons aussi que nous oscillons constamment entre la peur et la
confiance. A cet égard, le rôle extrêmement subtil et ambigu de la réinterprétation des croyances en arguments idéologiques (pour justifier, "au nom de Dieu et
du Bien", une action humaine sans espoir, au sens strict) devient, pour les croyants, une question primordiale. Car s'il est essentiel de rappeler que la
conviction religieuse conduit à un discernement entre le Bien - qui est la vie de l'homme - et le Mal - qui est la mort de l'homme - , nul ne peut s'approprier le Bien
pour donner autorité à ses actes. Vouloir être du côté du Bien ne veut pas dire que le Bien est de notre côté.
Nous resterons donc vigilants sur l'utilisation des convictions religieuses, comme points d'appui chez certains pour dépasser leur peur et affirmer leur pouvoir.
Ces affirmations peuvent parfois devenir une sorte de stupéfiant à usage auto-convaincant : "Dieu avec nous", "le combat pour le Bien", "la lutte contre le
Diable", "la croisade contre les ennemis" ou encore "la danse avec la mort"...
Sans doute devons-nous nous interroger : "A quelles conditions nos religions peuvent-elles échapper à cette dérive, propre à l'angoisse humaine, à savoir de
vouloir se revêtir d'une armure imaginaire quand l'individu fait l'expérience de sa nudité, c'est-à-dire de sa fragilité ? " Nous sommes convaincus que la Parole
de Dieu et le dialogue entre croyants peuvent nous libérer des fantasmes d'innocence et des rêves de toute puissance.



VIVRE DU RESPECT ET DE LA SOLIDARITE

7. En puisant à cette Parole première qui vient de Dieu, nous voulons encore prendre le risque d'une parole qui en appelle, au quotidien, au respect et à la
solidarité entre tous les hommes et entre tous les peuples. Certes, une réflexion telle que celle-ci ne suffira pas à changer le cours de l'histoire ; peut-être
même, apparaîtra-t-elle facile ou déplacée. Pourtant nous nous sentons appelés, aujourd'hui et demain, au titre même de notre confession de foi, à promouvoir,
au sein de nos communautés, entre nous et au cœur de cette société mondiale :

la compréhension de notre histoire contemporaine, qui nous oblige à mesurer la responsabilité de nos
actes, collectifs et personnels, passés et présents ;
l'appel à construire et à renouveler la solidarité entre les communautés ethniques, nationales et
religieuses, seule alternative à la logique de la violence ;
le dépassement de la peur par l'expression d'une volonté commune de partager la planète, en déployant
toutes les ressources du dialogue et du droit.

APPEL

Aussi, en ce 11 décembre 2001, nous disons à tous les croyants au Dieu un et unique et à tous les hommes et femmes de bonne volonté :

Ensemble,
Faisons l'effort de comprendre notre Histoire
Pour vivre une nouvelle rencontre de l'homme
Au cœur d'un monde enfin partagé entre tous !



Cardinal Louis-Marie BILLE, Eglise Catholique
Père Athanase ISKOS, Eglise Orthodoxe Grecque
Monsieur Kamel KABTANE, Communauté Musulmane
Monsieur Jacques-Henri KINNE, Eglise Réformée de France
Révérend Chris MARTIN, Eglise Anglicane
Pasteur Jean-Frédéric PATRZYNSKI, Eglise Luthérienne
Grand Rabbin Richard WERTENSCHLAG, Communauté Juive
Pasteur John WILSON, Eglise Evangélique Baptiste
Monseigneur Norvan ZAKARIAN, Eglise Apostolique Arménienne

Source et photos ... : http://catholique-lyon.cef.fr/articles/actualites/dossier_11122001/11122001.php

 



La discussion

      Note de réflexion inter-religieuse à propos de l [...], de ARNAUD Xavier [2001-12-11 19:03:17]
          Eli, Eli..., de ARNAUD Xavier [2001-12-11 19:15:17]
          Savez-vous, de SOMBREVAL [2001-12-11 19:20:37]
          P"P"DM, de A X [2001-12-11 20:29:09]
              Ils sont trop forts..., de Ronga Frédéric [2001-12-11 21:18:24]
              Ouh le méchant !, de Torquemada [2001-12-11 22:11:46]
              Dans la liste, ils ont oublié..., de ATHANASE [2001-12-11 22:49:06]
                  Carton jaune, de A X [2001-12-11 22:54:50]
                      ., de ATHANASE [2001-12-11 23:04:46]
                          Je plaisantais, mais..., de A X [2001-12-11 23:31:37]
                      Cher Xavier Arnaud,, de JOUVE Marc [2001-12-11 23:38:14]
                          Et certainement, de Rémi PAU [2001-12-12 00:45:17]
          Permanence du modèle romain, de SOMBREVAL [2001-12-12 00:12:52]
          SO SO SO SO-LI-DA-RI-TÉ; SO SO SO SO-LI-DA-RI-TÉ [...], de Bergeron René [2001-12-12 02:40:03]
              Eh bien !, de A X [2001-12-12 08:20:43]