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Aux racines du dialogue oécuménique Imprimer
Auteur : Ronga Frédéric
Sujet : Aux racines du dialogue oécuménique
Date : 2001-11-19 15:55:42

Chers amis liseurs,

J'avais en son temps diffusé sur ce forum l'intervention du Cardinal Smedt au Concile, découverte absolument par hasard en feuilletant la Documentation Catholique. Ce texte est un peu long, mais il en vaut la peine. J'attire en particulier votre attention sur le petit erratum donné en fin de texte. Notez que ceci s'est déroulé sous le Pontificat de Jean XXIII, avec (sauf erreur) un certain Cardinal Ottaviani comme Président de la Commission théologique dont il est question dans le texte.

Tout ce qui suit est tiré de la Documentation Catholique, 20 janvier 1963 (et 21 avril pour la note). Le texte en italique l'est aussi dans l'original.




Le dialogue oecuménique

Intervention au Concile de S.Exc. Mgr de Smedt

Dans notre numéro du 16 décembre dernier (col. 1586, note 2), nous avons donné un ample résumé, d'après une traduction intégrale allemande, de l'intervention faite au cours de la 22e Congrégation générale du Concile (19 novembre) par S.Exc. Mgr de Smedt, évêque de Bruges. Cette intervention ayant constitué l'un des sommets du Concile, nous en donnons la traduction intégrale, faite d'après le texte latin par le R.P. Rouquette, S.J., telle qu'elle a été publiée dans les Etudes (janvier 1963, p. 98). Mgr de Smedt, qui est membre du Secrétariat pour l'union des chrétiens, parlait au nom de ce Secrétariat lors de la discussion du schéma sur les sources de la Révélation.

  Je parle au nom du Secrétariat pour l'unité des Chrétiens.

  Dans l'examen du schéma sur les sources de la Révélation, de nombreux Pères ont montré un souci vraiment oecuménique. Tous désirent sincèrement et positivement que notre schéma favorise l'unité. Mais, tandis que certains affirment que le schéma répond aux exigences d'un sain oecuménisme, d'autres le nient. Pour que vous puissiez mieux en juger, il vous sera peut-être agréable d'entendre notre Secrétariat vous dire en quoi consiste exactement le caractère oecuménique d'un exposé. En effet, notre Secrétariat a été institué par le Souverain Pontife pour aider les Pères à examiner les schémas d'un point de vue oecuménique.

  Le problème est le suivant :

  Qu'est-ce qui est requis dans la doctrine et le style d'un schéma pour qu'il puisse vraiment servir à obtenir un meilleur dialogue entre les catholiques et les non-catholiques ?

  Je réponds :

  Tous ceux qui ont l'honneur de porter le nom de chrétiens sont d'accord en ce qu'ils reconnaissent Jésus-Christ. Tout ce qui nous a été communiqué par le Seigneur lui-même constitue le dépôt de la foi et est notre salut. C'est à cette unique source que nous puisons tous, catholiques et non-catholiques.

  Mais, quand il s'agit de la manière selon laquelle nous accédons au Christ, la discorde commence. Nous sommes des frères séparés les uns des autres. Depuis plusieurs siècles, nous sommes divisés.

  Nous savons que cette discorde est contraire à la volonté du Christ. Quand donc cessera notre division ? Pendant plusieurs siècles, nous autres, catholiques, nous avons estimé qu'il suffisait d'exposer clairement notre doctrine. Les non-catholiques avaient la même opinion. Chaque parti exposait sa doctrine dans une terminologie qui lui était propre, dans sa propre optique, mais ce que disaient les catholiques n'étaient pas compris par les non-catholiques et vice versa. Avec cette méthode de la « claire vérité », en fait, aucun progrès vers la réconciliation n'a été réalisé. Au contraire, de chaque côté augmentèrent les préjugés, les soupçons, les querelles, les discussions polémiques.

  Au cours de ces dernières décennies, une nouvelle méthode a été introduite. Cette méthode est appelée dialogue oecuménique. En quoi consiste-t-elle ?

  Ce qui la caractérise, c'est qu'elle n'a pas seulement le souci de la vérité, mais aussi de la manière selon laquelle la vérité est exposée pour qu'elle puisse être exactement comprise pas les autres. Les chrétiens de diverses dénominations s'aident mutuellement pour que les uns et les autres puissent plus clairement et plus exactement comprendre la doctrine à laquelle ils adhèrent.

  Le dialogue oecuménique n'est donc pas une délibération ou une négociation sur l'établissement de l'union, ce n'est pas un projet d'union, c'est une tentative de conversation1. C'est, de chaque côté, un témoignage sur sa foi, un témoignage serein, objectif, lucide, psychologiquement adapté.

  Cette méthode nouvelle peut maintenant être adoptée dans notre Concile, selon le vouloir du Souverain Pontife. Nos exposés conciliaires auront un esprit oecuménique et pourront grandement favoriser le dialogue oecuménique, si nous employons des moyens vraiment capables de faire plus clairement comprendre aux non-catholiques comment l'Eglise catholique voit et vit le mystère du Christ.


  Mais il n'est pas facile de rédiger des schémas en style oecuménique. Pourquoi ?

  Il faut éviter toute apparence d'indifférentisme. Une exposition oecuménique doit fidèlement illustrer la doctrine catholique complète et intégrale, sur un sujet déterminé. Comment, en effet, les non-catholiques pourraient-ils apprendre de nous ce qu'enseigne le catholicisme, si nous exposons une doctrine mutilée, altérée, confuse ?

  On a dit, dans cette salle, que la manière oecuménique de s'exprimer est opposée à une exposition intégrale de la vérité. Ceux qui le pensent semblent n'avoir pas compris quelle est la nature du dialogue oecuménique.

  Ce dialogue n'est pas institué pour que nous nous trompions les uns les autres.

  Si nous voulons que notre exposé soit exactement compris par les non-catholiques, plusieurs conditions sont à remplir (l'orateur n'en a indiqué que quatre dans la salle conciliaire ; dans ce texte, au contraire, pour que l'exposé soit complet, on les énumère toutes) :


  1o Il faut considérer ce qu'est la doctrine actuelle des orthodoxes et des protestants, c'est-à-dire bien connaître leur foi, leur vie liturgique, leur théologie.

  2o Savoir ce qu'ils pensent de notre doctrine, et sur quels points ils la comprennent bien ou mal.

  3o Savoir aussi ce qui, selon les non-catholiques, est omis ou insuffisamment clarifié dans la doctrine catholique (par exemple la doctrine de la parole de Dieu, le sacerdoce des fidèles, la liberté religieuse).

  4o Il faut examiner s'il n'y a pas, dans notre manière de parler, des formes ou des formulations qui sont difficilement comprises par les non-catholiques. Il faut dire ici que notre méthode scolastique ou quasiment scolaire constitue pour les non-catholiques une grande difficulté et est, souvent, l'origine d'erreurs et de préjugés. Il faut en dire autant d'une manière de parler abstraite par les Orientaux. Au contraire, le style biblique et patristique, par lui-même, évite et prévient beaucoup de difficultés, de confusions, de préjugés.

  5o Les termes employés doivent être bien choisis (les paroles, les images, les qualifications), en tenant compte des réactions qu'ils produisent dans l'esprit et la sensibilité des non-catholiques.

  6o Les jugements doivent être pesés en tenant compte du contexte dans lequel ils sont reçus par les non-catholiques.

  7o Les arguments (les citations, les raisons données), l'argumentation et la disposition du texte doivent être présentés de manière à pouvoir persuader les non-catholiques.

  8o Toute polémique stérile doit être révisée.

  9o Les erreurs doivent être clairement repoussées, mais de manière à ne pas offenser les personnes qui tiennent ces erreurs.

  Il résulte de tout cela, vénérables Frères, qu'un texte n'est pas oecuménique du seul fait qu'il expose la vérité. Il est très difficile et très délicat de faire qu'une rédaction ou une exposition soit vraiment oecuménique.

  Le Souverain Pontife a réuni, dans un Secrétariat pour l'unité des chrétiens, des experts, des évêques et des théologiens qui ont une grande expérience en matière oecuménique. A ces experts, le Pape a confié la charge d'aider les autres Commissions préparatoires, et principalement la Commission théologique, afin que la rédaction des schémas soit vraiment oecuménique. Notre Secrétariat a offert son aide à la Commission théologique, mais cette Commission, pour des raisons qu'il ne m'appartient pas de juger, l'a refusée. Nous avons proposé la constitution d'une Commission mixte, mais la Commission théologique a répondu : nous ne voulons pas.

  C'est ainsi que la seule Commission théologique a entrepris l'oeuvre très difficile de donner un caractère oecuménique à nos schémas. Avec quel succès ?

  Nous avons entendu de nombreux Pères juger de l'oecuménicité du schéma proposé. Les uns ont dit qu'il manque d'esprit oecuménique : ainsi ont parlé les Pères qui vivent au milieu des protestants ou en Orient. Ont parlé autrement des Pères dont la plupart vivent dans une région catholique. Il leur semble que le schéma ne manque pas d'esprit oecuménique. Qu'on nous pardonne, mais nous prions humblement ces Pères de bien vouloir examiner s'ils ont suffisamment considéré la nature de la nouvelle méthode qui est appelée dialogue oecuménique, ses conditions et ses conséquences.


  Conclusion.

  Quoi qu'il en soit, nous qui avons reçu du Souverain Pontife la charge de travailler pour que le dialogue avec nos frères non-catholiques soit heureusement instauré dans ce Concile, nous vous demandons à tous, vénérables Pères, de bien vouloir écouter ce que pense du schéma proposé le Secrétariat pour l'unité des chrétiens. Notre avis est que le schéma manque notablement de caractère oecuménique. Ce schéma ne constitue pas un progrès pour le dialogue avec les non-catholiques, mais un obstacles ; bien plus, il lui est nuisible.

  Pères très vénérés, veuillez considérer qu'enfin, aujourd'hui, a été instauré une nouvelle méthode, grâce à laquelle un dialogue fécond peut déjà se voir, dans cette salle, par la présence des observateurs. L'heure est providentielle. Mais elle est grave. Si ces schémas de la Commission théologique ne sont as autrement rédigés, nous serons responsables du fait que le second Concile du Vatican aura détruit une grande, une immense espérance. Je veux dire l'espérance de tous ceux qui, avec Jean XXIII, attendent, dans le jeûne et la prière, qu'un pas soit enfin fait maintenant vers l'union fraternelle de tous ceux pour lesquels le Christ Notre-Seigneur a prié « afin que tous soient un ».




Doc. Catho. du 21 avril 1963 (p. 571)

ERRATUM

1Dans les Etudes de mars 1963, p. 406, note 1, le R.P. Rouquette signale une erreur dans le texte de l'intervention au Concile de Mgr Smedt sur le dialogue oecuménique, publié dans le numéro de janvier précédent de la même revue. Ayant reproduit ce texte dans notre numéro du 20 janvier dernier, nous indiquons à notre tour cette erreur : col. 121, ligne 54 ; il faut lire : « Ce n'est pas une tentative de conversion », et non : « C'est une tentative de conversation. ».



 



La discussion

      Aux racines du dialogue oécuménique, de Ronga Frédéric [2001-11-19 15:55:42]
          Intéressant..., de JOUVE Marc [2001-11-19 22:56:39]