Extraits des interventions des évêques français tirés du site de la CEF ( http://www.cef.fr/cef/rtf/text20011010synode11fr.php ):
(Avec un joli lapsus, Madame PELLETIER - cf. dernière intervention, sauf scoop de dernière minute, n'ayant point rang d'évêque... XA)
S.Em. le Card. Jean HONORÉ, Archevêque émérite de Tours (France).
En référence au N° 58 de 1'Instrumentum Laboris, l'horizon de nos travaux doit être éclairé par l'exemple des saints évêques qui nous ont précédés. Je me limite à esquisser le profil des Evêques dans l'exercice de leur charge au service de leur église particulière. Comment ont-ils vécu le ministère épiscopal? Quels sont les traits majeurs de ce ministère? Ceux dont la connaissance m'est plus familière, en France et en Italie, au cours de deux époques critiques de l'histoire: celle de la Contre-Réforme et celle du XIXème siècle qui a suivi la Révolution française, permettent de dégager quatre dimensions apostoliques qui font reconnaître les "bons pasteurs": la proximité au peuple de Dieu confié à leur charge; l'attention privilégiée à l'égard des prêtres; l'accueil des nouvelles formes d'instituts de prêtres et de yie consacrée;
La prédilection pour les pauvres.
L'évêque d'aujourd'hui s'inscrit dans cette tradition. Il est le chaînon qui continue. Si les temps ont changé, les grands efforts apostoliques dans la vie et l'action pastorale ne sont-ils pas toujours actuels? Les évêques du passe ont été les ouvriers de l'espérance pour les hommes de leur temps. Prenons aussi les chemins qu'ils ont suivis pour ouvrir notre monde à l'espérance qui est dans le Christ
S.Exc. Mgr Jean-Pierre RICARD, Evêque de Montpellier (France).
L'Eglise est dans son cœur même une communion missionnaire. Cette communion est tout à la fois un don du Seigneur à accueillir et une tache à réaliser. La réalisation de cette communion passe par l'apprentissage d'une solidarité fraternelle où doit s'ajuster dans la formation du lien ecclésial la diversité des vocations, des charismes et des ministères. I1 est de la responsabilité du ministère épiscopal de veiller à cette édification quotidienne de l'Eglise, de favoriser la synergie des différents acteurs, d'aider à vraiment marcher ensemble sur cette route commune (sunodos) de la foi et de la mission. On peut comparer l'évêque à un tisserand qui aiderait à tisser au jour le jour le tissu ecclésial. Il croisera le fil de la communion verticale (avec Dieu) avec celui de la communauté fraternelle. Il apportera à tous son aide, son accompagnement, son discernement et la clarification de ses décisions pastorales. I1 le fera avec patience, confiance et conviction. Il aidera tous à découvrir que cette synodalité peut être source de confiance, espérance retrouvée et dynamisme renouvelé pour la mission.
S.Exc. Mgr Georges Edmond Robert GILSON, Archevêque de Sens (France)
1°) Le Concile Vatican II a manifesté l'urgence de l'engagement prophétique de l'Evêque et du Collège episcopal: annoncer l'Evangile est notre priorité. Il nous est confie la charge d'être les "vigiles de la Foi chrétienne". Mais le magistère ne peut s'exercer que dans un climat de "bienveillance". Les apôtres que nous sommes, doivent d'abord s'engager à rencontrer l'autre en tant qu'autre. Nous ne sommes pas les religieux du Livre, mais les croyants en Celui-là qui est la Parole de Dieu.
2°) Aujourd'hui dans notre pays de France, il est des lieux et des milieux dans lesquels l'Evangile est ignoré. Jésus-Christ est un étranger! Il faut des évangélisateurs. Prenons un exemple: je suis l'évêque-Prélat de la Mission de France, communauté de prêtres séculiers qui pour la grande majorité sont "prêtres au travail professionnel". Il leur faut trouver le chemin de la rencontre et du dialogue. Il leur faut risquer un partage quotidien et accueillir la part de vérité qui nourrit l'autre, le prochain non-chrétien, dans son existence intime. Dieu précède le témoin de l'Evangile.
3°) Le temps de la prière et de la vie d'équipe missionnaire permet le travail d'intelligence de la Foi et la recherche théologique qui s'efforce de dire la Foi de toujours dans les langues et les cultures d'aujourd'hui... C'est ici qu'intervient la responsabilité propre de l'Evêque. Il devient l'artisan de la Foi vécue dans la fidélité au Message. Le service du magistère épiscopal doit avant tout, se réaliser par un travail d'accompagnement, d'écoute, de soutien, de questionnement, d'élaboration, de proposition, de discernement, de ressourcement... avec et auprès de ceux que l'Evêque envoie en mission d'apôtres. C'est eux qui redonnent à l'Eglise sa capacité concrète de manifester la pertinence théologique et anthropologique des Mystères chrétiens. L'Evêque est apôtre avec eux.
S.Exc. Mgr Olivier DE BERRANGER, Evêque de Saint-Denis
"Dans l'Eglise, personne n'est étranger" (§84). Cette affirmation de l'Instrumentum laboris, comment ne pas la faire mienne, dans le diocèse de Saint-Denis, qui compte plus de 170 ethnies? l'Eglise catholique y apparaît tel un "petit troupeau". Mais elle est ce lieu unique où quiconque, d'où qu'il vienne, doit pouvoir se sentir accueilli "comme un frère, une soeur, une mère". Nous fréquentons chez nous des juifs, des musulmans, des membres de courants religieux, plus difficiles à définir.
Les baptisés, mêles à cette population déracinée, réalisent peu à peu qu'ils sont appelés ensemble à aimer, "en actes et en vérité" un prochain qu'ils n'ont pas choisi. Nous venons de faire l'expérience d'un synode diocésain. Marqué par un renouveau de ferveur et de joie, cet événement a correspondu, pour nous, à la dynamique du Jubilé. Dans les paroisses, les services diocésains ou les mouvements de laïcs, on a voulu faire place aux chrétiens venus d'ailleurs. A la suite de ce synode, je saisis combien les divers "conseils" encouragés par le décret Christus Dominus et canoniquement bien définis par le Code de 1983, aident à vivre le ministère épiscopal dans un esprit de confiance envers les prêtres, les diacres, les laïcs et les consacrés. Le magistère de l'évêque n'est pas dilué, il réveille le "sens des fidèles" (LG. 12) et s'en nourrit.
Grâce à la Lettre apostolique Novo millenio ineunte, nous osons aborder des questions que nous n'avions pas eu le courage de traiter, comme celle des ministères, "institués ou simplement reconnus". La priorité donnée aux vocations au ministère sacerdotal porte ses premiers fruits. Le Synode des évêques trouvera sa raison d'être dans la mesure où il osera prendre à son compte les défis actuels et ce que l'Instrumentum laboris appelle "des signes de vitalité et d'espérance de notre temps" (25).
S.Exc. Mgr Claude DAGENS, Evêque d'Angoulême (France)
Il me semble nécessaire de mettre en valeur le caractère apostolique du ministère épiscopal, plus que ne le fait l'Instrumentum laboris. Ce caractère apostolique n'est pas évident dans des sociétés qui considèrent la mission de l'Eglise et celle des évêques selon des critères politiques et sociaux. Hier identifiés à des monarques ou à des princes, les évêques sont souvent identifiés aujourd'hui à des gestionnaires ou à des arbitres.
Même si l'histoire de l'Eglise au sein des nations peut expliquer le recours à ces modèles politiques, il nous appartient de manifester nous-mêmes notre identité apostolique. Théologiquement, il faut faire appel à la sacramentalité et à la collégialité de l'épiscopat, mais sans les séparer de la christologie. C'est le Christ qui, par son Esprit Saint, nous constitue comme ses témoins et ses représentants, à la suite des apôtres.
Spirituellement, chacun de nous peut dire comment il communie à la Croix du Christ pour son Corps qui est l'Eglise. Il nous arrive aussi de souffrir par l'Eglise, quand elle est paralysée par ses propres tensions, ou quand l'élan de la foi et de la charité est entravé par des structures trop lourdes, trop sclérosées ou trop bureaucratiques.
Pastoralement, nous travaillons pour que nos Eglises particulières soient fidèles à leur identité apostolique, en apprenant à vivre du Christ pour l'annoncer au monde. Dans ce but, nous veillons, en France, à ce que la collaboration entre prêtres et laïcs obéisse à une logique sacramentelle qui permet de déployer les dons reçus de Dieu, et non pas à une logique fonctionnelle, où l'on ne chercherait qu'à partager des pouvoirs.
Cette mise en oeuvre du caractère apostolique de notre ministère a aussi une portée politique. Elle nous rend libres, face à tout pouvoir politique, pour faire entendre des questions qui conditionnent l'avenir humain de nos sociétés. Au nom de quoi affirmer la dignité de tout enfant de Dieu? Au nom de quoi refuser la violence et vouloir la réconciliation? Nous sommes alors des maîtres et des serviteurs de la foi reçue de Dieu, mais aussi des maîtres et des serviteurs de la Charité du Christ, au service de tous, et d'abord des humiliés et des oubliés de nos sociétés. Je souhaite que ce synode nous encourage à servir cette alliance entre la foi et la charité.
S.Exc. Mgr Maurice GAIDON, Evêque de Cahors (France).
Le poète et penseur Charles Péguy parle avec tendresse de la "petite fille espérance". C'est elle qui tient table ouverte en ce mois d'octobre 2001 pour accueillir des évêques accourus du monde entier à l'appel de Jean-Paul II. L'heure est grave alors que s'accroissent les rumeurs d'un conflit que chacun redoute... Faut-il pour autant perdre espoir et donner congé à l'espérance, maître-mot des deux textes qui éclairent nos débats (T.M.I. et l'I.L. qui sert de support à nos débats synodaux)?
Le message évangélique se veut porteur d'espérance et les premiers apôtres ne s'y sont pas trompés quand ils s'adressent aux communautés naissantes, comme le fait Paul en ses Epîtres, pour les inviter à faire de l'espérance le moteur de leurs vies de témoins au milieu des difficultés et tribulations de leur époque. Comme l'indique Paul à Tite son compagnon, il faut inlassablement travailler à l'annonce de la Parole "dans l'espérance de la vie éternelle promise avant tous les siècles", une formule qui met l'accent sur la dimension eschatologique de l'espérance: dimension qui ne s'impose pas assez à l'esprit des ouvriers de l'Evangile et qu'il serait pourtant dangereux de passer sous silence en ces temps où nous sommes envoyés "vers le large", "pour une nouvelle évangélisation". .Si l'évêque, au N° 33 de l'I.L, est invité à être "prophète vigilant de l'espérance", s'il lui est rappelé que "le secret de sa mission repose dans l'inflexibilité de son espérance ", il lui faut répondre au nom du Christ à la désespérance de nombre de nos contemporains. Il le fera avec la tendresse du père de famille et la miséricorde du témoin de Jésus poursuivant de sa sollicitude les brebis perdues et les enfants prodigues, sans jamais renoncer à les arracher à leur désespoir. Il le fera aussi en les aidant à regarder le Christ dans sa gloire de Ressuscité et qui veut associer l'Eglise de la terre à l'Eglise du Ciel. Le temps est venu de reprendre la lecture du texte majeur de Vatican II, Lumen Gentium, pour y redécouvrir le chap. 7 tout entier consacre à " l'espérances de la vie éternelle qui nous est promise " et le chap. 8 qui nous invite à regarder Marie "figure de l'Eglise, modèle exemplaire de tout disciple de Jésus: Mère de l'espérance.
Mme Anne-Marie PELLETIER, Professeur à l'école-cathédrale de Paris (France).
Les paragraphes 14, 41 et 46 de l'Instrumentum Laboris soulignent fortement la responsabilité de l'évêque comme intendant de la Parole de Dieu. Cette charge prend actuellement un relief particulier et désigne une tâche urgente. En effet, un nombre croissant de chrétiens ouvre aujourd'hui les Ecritures sans avoir pour autant les moyens d'une lecture authentiquement chrétienne de celles-ci. Les uns abordant le texte selon une problématique exclusivement critique, ne parviennent plus à le. connaître comme Parole de Dieu.
D 'autres s 'en tiennent à une lecture affective et projective qui appauvrit dangereusement le message biblique. Dans ces conditions, il devient plus nécessaire que jamais que le ministère épiscopal soit préoccupé d'ouvrir pour les baptisés les voies d 'une lecture plénière de la Parole de Dieu, en favorisant la formation d'exégètes solides, en mettant en oeuvre dans les diocèses une pédagogie de la lectio divina, en étant eux-mêmes, à l'exemple des Pères de l'Eglise, ceux qui rompent le pain de la Parole de Dieu.